Le cancer colorectal, longtemps associé à la vieillesse, frappe désormais de plus en plus de jeunes adultes à travers le monde. Cette augmentation inquiétante, mise en lumière par le décès prématuré de l’acteur Chadwick Boseman en 2020, interpelle les professionnels de santé et souligne l’urgence d’une meilleure prévention.
Une étude internationale d’envergure, publiée dans The Lancet Oncology, révèle une nette progression des diagnostics de cancer colorectal (CCR) chez les moins de 50 ans. Entre 2013 et 2017, les taux d’incidence ont augmenté dans 27 des 50 pays analysés. Si l’Amérique du Nord et l’Europe restent les régions les plus touchées, des hausses significatives ont également été observées en Europe de l’Est, en Asie centrale et du Sud-Est, ainsi qu’en Amérique du Sud.
Les chercheurs attribuent cette tendance mondiale à des changements profonds dans nos modes de vie : alimentation, sédentarité, urbanisation et exposition à des facteurs environnementaux. Une alimentation riche en aliments ultra-transformés, en viandes rouges et transformées, et en boissons sucrées est particulièrement pointée du doigt, favorisant l’inflammation et augmentant la vulnérabilité au cancer.
L’exemple du Kazakhstan est frappant : une étude a révélé que la consommation moyenne de viande y dépasse presque le double des 500 grammes par semaine recommandés par le Fonds mondial de recherche sur le cancer. Parallèlement, seulement 8,6 % des habitants consomment du poisson aux niveaux conseillés, ce qui peut entraîner des déséquilibres nutritionnels.
L’obésité constitue un autre facteur de risque majeur. L’excès de graisse corporelle peut provoquer une inflammation chronique et perturber le métabolisme. Toutefois, les scientifiques nuancent ce lien : une analyse de 18 études a montré que de nombreux patients atteints de CCR perdent du poids involontairement avant le diagnostic, suggérant que les méthodes classiques d’évaluation du risque lié à l’obésité pourraient être insuffisantes.
La génétique joue également un rôle non négligeable. Selon le Dr Alexei Tsukanov, chef du laboratoire de génétique au Centre national de recherche médicale en radiologie, de nombreux cas de CCR chez les jeunes sont liés à des syndromes de cancer héréditaires, tels que le syndrome de Lynch et la polypose adénomateuse familiale. Ces troubles, causés par des mutations dans les gènes suppresseurs de tumeurs, augmentent considérablement le risque de développer un CCR à un âge précoce.
« L’identification d’une mutation héréditaire nous permet de mettre en œuvre une surveillance clinique et une intervention précoce tout au long de la vie, améliorant ainsi considérablement les taux de survie », explique le Dr Tsukanov.
Les progrès de la génétique offrent de nouvelles perspectives en matière de dépistage. Des outils comme le test de méthylation de l’ADN des selles COLOTECT® de BGI Genomics identifient des marqueurs génétiques liés au CCR (SDC2, ADHFE1 et PPP2R5C) grâce à l’analyse des selles, offrant une approche non invasive pour détecter les changements liés au cancer à un stade précoce.
Cependant, l’accès au dépistage reste inégal. En Europe de l’Est et en Asie centrale, les programmes de dépistage sont souvent lacunaires. Si certains pays, comme le Kazakhstan, la Lituanie, la Lettonie et la Géorgie, ont mis en place des initiatives nationales, d’autres se limitent à des tests opportunistes, laissant de nombreux cas non diagnostiqués jusqu’à des stades avancés.
« Pour améliorer la détection précoce, nous devons éduquer les professionnels de santé et le public sur l’importance du dépistage », souligne Jemma Arakelyan, conseillère à l’Institut de recherche en oncologie immunitaire et PDG de l’Institut du cancer et des crises en Arménie.
Il est crucial de sensibiliser le public aux symptômes potentiels du cancer colorectal : changements durables des habitudes intestinales, présence de sang dans les selles, perte de poids inexpliquée et inconfort abdominal persistant. Face à cette évolution inquiétante, une action coordonnée des gouvernements, des systèmes de santé et de chaque individu est indispensable pour promouvoir des modes de vie plus sains et faciliter l’accès à un dépistage précoce.
