Publié le 10 novembre 2025 à 16h30. Après 40 jours de paralysie, le gouvernement fédéral américain se rapproche d’un accord pour reprendre ses activités, mais le compromis trouvé au Sénat divise les démocrates et soulève des inquiétudes quant à l’avenir des aides sociales et des services essentiels.
- La fermeture du gouvernement fédéral, la plus longue de l’histoire des États-Unis, perturbe le trafic aérien et menace les prestations d’aide alimentaire de millions d’Américains.
- Le Sénat a adopté un projet de financement temporaire, mais sans garantie de prolonger les subventions aux soins de santé, ce qui suscite l’opposition d’une partie des démocrates.
- Un désaccord sur la réglementation du chanvre pourrait encore compliquer l’adoption finale de la loi.
Après plus de cinq semaines de blocage, un accord semble se profiler au Congrès américain pour mettre fin à la paralysie du gouvernement fédéral. Le Sénat a donné son feu vert à un projet de loi de financement temporaire, ouvrant la voie à une reprise des activités gouvernementales. Cependant, ce compromis est loin de faire l’unanimité, notamment au sein du parti démocrate, et laisse planer des incertitudes sur l’avenir de plusieurs programmes sociaux.
Les conséquences de cette crise sont déjà bien visibles. Les aéroports sont confrontés à une vague d’annulations et de retards, avec plus de 1 400 vols annulés ce lundi et près de 3 000 le dimanche précédent, selon les données de FlightAware. Les compagnies aériennes réduisent leurs opérations et le personnel du contrôle aérien est soumis à une forte pression. Les experts craignent que le trafic aérien ne retrouve pas son rythme normal avant la fête de Thanksgiving, célébrée le 27 novembre.
La situation est particulièrement préoccupante pour les dizaines de millions d’Américains qui dépendent du Programme d’assistance nutritionnelle supplémentaire (SNAP), anciennement connu sous le nom de bons d’alimentation. L’administration du président Donald Trump a remis en question la capacité des bénéficiaires à acheter de la nourriture, créant une grande incertitude. Certains ont reçu l’intégralité de leurs prestations, d’autres seulement une fraction, et beaucoup ne savent pas s’ils recevront de l’aide dans les prochains jours, comme le rapporte CNN.
Le projet de loi adopté au Sénat permettrait de financer le gouvernement jusqu’au 30 janvier et comprend des crédits pour une année complète. Il a été approuvé par 60 voix contre 40, grâce au soutien de sept sénateurs démocrates et d’un indépendant. Les sénateurs Dick Durbin, Tim Kaine, John Fetterman, Jeanne Shaheen, Maggie Hassan, Catherine Cortez Masto, Jacky Rosen et l’indépendant Angus King ont voté avec la majorité républicaine.
Cependant, ce compromis est critiqué par l’aile progressiste du parti démocrate, qui regrette l’absence de garantie de prolonger les subventions aux soins de santé, une priorité pour les démocrates depuis plusieurs semaines. La sénatrice Elizabeth Warren a déclaré sur le réseau social X :
« Je ne soutiendrai pas un accord qui ne fait rien pour rendre les soins de santé plus abordables. Nous sommes dans une urgence sanitaire… Voter en faveur de ce projet de loi est une erreur. »
Les démocrates qui ont soutenu le vote de dimanche soir espèrent obtenir un vote ultérieur sur l’extension des crédits d’impôt de l’Affordable Care Act (ACA). Mais le président de la Chambre des représentants, le républicain Mike Johnson, n’a pas donné d’engagement en ce sens, selon France 24.
Parallèlement, un autre obstacle pourrait retarder l’adoption finale de la loi : un désaccord sur la réglementation du chanvre. Le sénateur Rand Paul (R-Ky.) a menacé de bloquer tout accord qui inclurait des restrictions sur l’industrie du chanvre dans son État, selon Politico. Ce différend interne au Parti républicain oppose Paul à son compatriote Mitch McConnell.
Une fois approuvé au Sénat, le projet de loi devra être examiné par la Chambre des représentants, où de nouvelles complications sont attendues. Les membres de la Chambre ont été avertis qu’ils devront voter rapidement cette semaine.
La paralysie du gouvernement pourrait également avoir des conséquences politiques pour le président Trump. Plusieurs sondages, selon CNN, indiquent que de plus en plus d’Américains le tiennent pour responsable de la crise, ce qui pourrait nuire à sa cote de popularité déjà en baisse. Le président a passé le week-end dans son complexe hôtelier de Floride, ce qui a renforcé l’impression qu’il ne se soucie pas des préoccupations économiques des Américains.
Selon Radio France Internationale (RFI), le leader de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, a promis un vote à la mi-décembre sur la prolongation des subventions d’Obamacare, mais rien n’est garanti.
