Publié le 26 octobre 2023. Les nations regroupées au sein du BRICS, désormais contrôlant la moitié de la production mondiale d’or, modifient en profondeur l’équilibre des forces monétaires et remettent en question la domination séculaire du dollar américain.
- Le bloc BRICS détient collectivement plus de 6 000 tonnes d’or, avec la Russie et la Chine dépassant les 2 000 tonnes chacune.
- Les sanctions occidentales contre la Russie en 2022 ont accéléré la tendance à la dédollarisation et à la recherche d’alternatives aux réserves en dollars.
- L’or est perçu par les banques centrales comme une valeur refuge stable, indépendante des politiques nationales et protégeant contre l’inflation et les risques géopolitiques.
Un changement progressif mais significatif s’opère dans le paysage monétaire mondial. Les pays membres du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) exercent une influence croissante sur le marché de l’or, tant en termes de production que de réserves. Ce phénomène, bien que ne constituant pas un rejet brutal du dollar, traduit une volonté de réduire la dépendance excessive à la monnaie américaine.
La confiance dans les monnaies fiduciaires, et plus particulièrement dans le dollar, s’est érodée au fil du temps. L’abandon de l’étalon-or en 1971 et l’expansion monétaire continue des économies occidentales, destinées à stabiliser la croissance, ont entraîné une dilution du pouvoir d’achat et suscité des inquiétudes quant à la dépréciation de la monnaie. En réponse, les banques centrales se tournent de plus en plus vers des actifs tangibles, l’or étant considéré comme une protection privilégiée contre l’incertitude économique et les tensions géopolitiques.
Cet engouement pour l’or s’est intensifié depuis 2022, suite au gel des réserves russes en dollars par les sanctions occidentales. Cet événement a profondément modifié la perception de la sécurité des réserves par les économies émergentes. Depuis lors, le bloc BRICS a renforcé ses efforts pour promouvoir un système monétaire multipolaire, en réduisant sa dépendance au dollar et aux bons du Trésor américain, tout en augmentant ses réserves d’or et en favorisant les règlements commerciaux en monnaies locales.
L’attrait de l’or pour les banques centrales réside dans sa neutralité. Il n’est lié à aucune politique nationale, ne peut être soumis à des sanctions et offre une protection à long terme contre l’inflation, la dévaluation monétaire et les risques de fragmentation financière.
Les États-Unis détiennent toujours les plus importantes réserves officielles d’or au monde, mais les pays du BRICS, ensemble, en possèdent désormais plus de 6 000 tonnes. La Russie et la Chine dépassent chacune les 2 000 tonnes, tandis que l’Inde possède plus de 800 tonnes. En termes de production, la Chine et la Russie figurent parmi les principaux producteurs mondiaux, renforçant ainsi l’influence du bloc sur la chaîne d’approvisionnement physique.
Ce contrôle sur la production et les réserves confère aux BRICS un levier stratégique considérable. Il leur permet de diversifier leurs avoirs, de s’éloigner des systèmes centrés sur le dollar et de jeter les bases de mécanismes de règlement alternatifs. La Chine, par exemple, a progressivement réduit son exposition aux bons du Trésor américain tout en augmentant ses réserves d’or, témoignant d’une démarche délibérée visant à réduire sa dépendance à la politique monétaire américaine et à la volatilité financière.
Parallèlement, les règlements commerciaux en monnaies locales se développent au sein des économies BRICS et eurasiennes, réduisant ainsi le rôle du dollar dans le commerce international. Les expérimentations avec des instruments de règlement numériques et adossés à des actifs soulignent une ambition plus large : construire une infrastructure financière parallèle, moins vulnérable aux sanctions et à l’influence politique occidentale.
Il est important de souligner que cette transition ne signifie pas la fin du dollar américain. Il faudra des années, voire des décennies, pour que sa suprématie s’estompe de manière significative. La dédollarisation doit être envisagée comme un rééquilibrage plutôt que comme un rejet : un passage d’un système monétaire unipolariste à un système multi-devises et multi-réserves. Dans cet ordre émergent, l’or joue un rôle central d’ancrage.
En substance, la dédollarisation n’est pas une attaque contre le dollar, mais une opposition à son monopole. La domination croissante des BRICS dans la production et les réserves mondiales d’or envoie un signal clair : les actifs tangibles sont de nouveau considérés comme une forme de monnaie, et non comme de simples marchandises. Alors que la confiance dans les monnaies papier diminue et que les risques géopolitiques s’intensifient, l’or se repositionne comme un actif monétaire stratégique.
La domination du dollar sera probablement diluée, et non détruite, tandis que l’or reprendra son importance en tant que réserve de valeur ultime dans un système financier mondial fragmenté et multipolaire.
(L’auteur est le fondateur de SS WealthStreet. Les opinions et recommandations exprimées sont celles d’analystes individuels ou de sociétés de courtage, et non de Mint.)
