Home AffairesLutte de pouvoir entre Rome et la BCE : à qui appartient le trésor d’or italien ?

Lutte de pouvoir entre Rome et la BCE : à qui appartient le trésor d’or italien ?

by Amélie Bernard

Publié le 13 décembre 2025 à 06h44. Un projet de loi controversé du gouvernement Meloni visant à redéfinir la propriété des réserves d’or italiennes suscite l’inquiétude de la Banque centrale européenne, qui craint un précédent dangereux pour la stabilité de l’euro.

  • Le gouvernement italien souhaite déclarer les réserves d’or de la Banca d’Italia comme appartenant au peuple italien.
  • La Banque centrale européenne (BCE) s’oppose fermement à ce projet, estimant qu’il menace l’indépendance de la banque centrale italienne.
  • L’Italie détient l’une des plus importantes réserves d’or au monde, évaluées à environ 280 milliards d’euros.

Rome tente de rassurer la BCE en affirmant qu’il ne s’agit que d’une déclaration de principe et qu’elle n’a pas l’intention de vendre l’or pour combler les déficits budgétaires. Cependant, la BCE reste vigilante, craignant que cette initiative n’ouvre la voie à des ventes futures et ne fragilise la confiance dans la monnaie unique.

Depuis des années, les partis de droite italiens réclament que les vastes réserves d’or de la banque centrale soient considérées comme un bien public. Le Premier ministre Giorgia Meloni avait déjà, à l’époque de l’opposition, dénoncé le risque d’une « expropriation » du peuple italien. Bien que les actionnaires privés de la Banca d’Italia n’aient aucune influence sur la politique monétaire, le gouvernement actuel semble déterminé à exercer un contrôle plus direct sur ces actifs.

La version initiale du projet de loi prévoyait que les réserves d’or « appartiennent à l’État au nom du peuple italien ». Suite aux critiques, la formulation a été modifiée pour simplement indiquer que les réserves « appartiennent au peuple italien », tout en soulignant le respect des règles européennes visant à protéger l’indépendance des banques centrales.

La BCE a exprimé ses préoccupations dans un avis officiel, demandant aux autorités italiennes de reconsidérer leur position. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a souligné qu’il ne s’agissait pas d’une question anodine et que la confiance dans la stabilité de l’euro dépendait de l’absence d’ingérence politique dans la gestion des réserves.

La BCE a également indiqué qu’elle examinait attentivement la version révisée du projet de loi, estimant qu’elle ne clarifiait pas suffisamment les intentions du gouvernement italien. Elle craint que cette initiative ne mette en péril l’indépendance institutionnelle de la Banca d’Italia, conformément aux traités de l’Union européenne.

Un éventuel accès du gouvernement italien aux réserves d’or pourrait créer un précédent dangereux pour les autres pays du Système européen de banques centrales (SEBC). Si Rome était autorisée à vendre une partie de ses réserves pour financer son déficit budgétaire, cela pourrait ébranler la confiance des investisseurs et déstabiliser l’euro.

L’Italie possède actuellement 2 452 tonnes d’or, ce qui en fait le troisième détenteur mondial après les États-Unis (8 134 tonnes) et l’Allemagne (3 350 tonnes). Ces réserves représentent une valeur d’environ 280 milliards d’euros, soit près de 13 % du produit intérieur brut italien.

Le ministre italien de l’Économie, Giancarlo Giorgetti, devrait s’entretenir avec Christine Lagarde pour tenter de la rassurer. Selon des sources proches du dossier, Rome souhaite souligner qu’il s’agit d’une simple déclaration symbolique et qu’elle n’a pas l’intention de modifier la législation en vigueur. « Nous ne sommes pas intéressés à vendre l’or ou à l’utiliser à d’autres fins. C’est une déclaration de principe par laquelle nous ne voulons pas déclencher une affaire internationale », a déclaré Marco Osnato, député du parti Fratelli d’Italia, cité par l’agence Reuters.

L’histoire offre des exemples édifiants : au début des années 2000, le Royaume-Uni a vendu près de 400 tonnes d’or à des prix historiquement bas, manquant ainsi une opportunité de réaliser des profits considérables lorsque les prix ont grimpé en flèche par la suite. Cette expérience souligne les risques d’une gestion politique des réserves d’or.

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