Publié le 12 janvier 2026 à 01h08. Le Canada se prépare à une période d’instabilité accrue, conséquence des mutations politiques aux États-Unis et des tensions géopolitiques mondiales, selon un rapport d’Eurasia Group. Ottawa devra jongler avec un partenaire américain imprévisible tout en renforçant sa propre résilience.
- Les actions de Donald Trump menacent de déstabiliser le système de contrôle du pouvoir exécutif américain.
- L’accord de libre-échange ACEUM pourrait stagner, devenant un accord « zombie ».
- Le Canada doit renforcer ses capacités de défense dans l’Arctique et diversifier ses alliances.
Selon un rapport publié par la société new-yorkaise Eurasia Group, spécialisée dans l’évaluation des risques, le Canada sera particulièrement exposé aux conséquences de l’évolution politique aux États-Unis, à l’exception des États-Unis eux-mêmes. La relation traditionnelle entre Ottawa et Washington, fondée sur une intégration économique croissante et une coopération sécuritaire durable, est remise en question.
Le rapport « Top Risks 2026 » fait écho aux déclarations du premier ministre Mark Carney, qui a évoqué un « moment tournant » dans l’histoire du Canada. Les auteurs préviennent que le Canada et ses entreprises devront adopter une stratégie à double volet : gérer les imprévisibilités d’un partenaire américain peu fiable tout en redéfinissant leur rôle dans un monde de plus en plus instable.
Les experts d’Eurasia Group soulignent que l’ère des calculs basés sur la stabilité des liens avec les États-Unis ou sur la confiance envers des personnalités politiques américaines est révolue. Washington évolue actuellement « selon les caprices d’un homme inconstant », ce qui expose les entreprises canadiennes à des risques de représailles.
« L’Europe assiégée »
Le rapport met également en lumière les difficultés rencontrées par les principaux partenaires économiques et de défense du Canada, notamment la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Les auteurs parlent même de « paralysie » et qualifient la faiblesse des gouvernements européens de quatrième risque majeur, désignant une « Europe assiégée ».
Par ailleurs, Eurasia Group met en garde contre un « deuxième front russe », c’est-à-dire des attaques hybrides potentielles de la Russie contre le Canada.
Concernant le commerce, le rapport prévoit que l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) ne sera pas prolongé efficacement en 2026, mais restera dans un état de stagnation, en attente de renégociations. De plus, Donald Trump n’apprécie pas l’approche rigoureuse du Canada lors des négociations commerciales.
Néanmoins, le rapport estime que les politiques « acheter canadien » et les grands projets d’infrastructures actuellement mis en œuvre par Ottawa renforceront la résilience de l’économie canadienne à long terme, bien que certains secteurs soient susceptibles de rencontrer des difficultés à court terme.
Eurasia Group décrit l’attitude actuelle de l’administration américaine comme un « capitalisme d’État à l’américaine », plaçant les entreprises face à un dilemme quant à leur adaptation. Le retour à la doctrine Monroe, désormais appelée la « doctrine Donroe » par Trump, représente un changement géopolitique fondamental pour le Canada, obligeant le premier ministre Carney à trouver un équilibre entre la dépendance actuelle à l’égard des États-Unis et la défense de la souveraineté canadienne. Lien vers un article sur la doctrine Donroe.
C’est pourquoi, selon le rapport, l’augmentation des capacités de défense canadiennes dans l’Arctique et la coopération avec les alliés européens de l’OTAN sont cruciales. Le Canada doit démontrer aux États-Unis sa capacité à défendre son propre territoire.
Eurasia Group est une société mondiale spécialisée dans l’évaluation des risques. Son fondateur, le politologue Ian Bremmer, a notamment été conseiller de l’ONU sur l’intelligence artificielle et a publié en 2024 un rapport sur les risques liés à l’IA.
