Publié le 4 octobre 2024 à 09h45. Face à une incertitude géopolitique croissante, les dirigeants européens, réunis à l’occasion du 35e anniversaire de la réunification allemande, insistent sur la nécessité d’une coopération renforcée en matière de défense et d’une plus grande autonomie stratégique, notamment après les récentes déclarations du président américain Donald Trump remettant en question l’engagement américain en Europe.
- L’Allemagne et ses alliés doivent accélérer le renforcement de leurs capacités militaires face à la menace russe.
- La coopération franco-allemande-polonaise, incarnée par le “triangle de Weimar”, est jugée essentielle pour la sécurité européenne.
- Des tensions persistent quant à la répartition des charges et des bénéfices dans les projets de défense européens conjoints, comme le programme de futur combat aérien (FCAS).
À l’occasion du 35e anniversaire de la réunification allemande, célébré à Saarbrücken, les dirigeants européens ont souligné l’urgence d’une réponse collective face aux défis sécuritaires actuels. La réunification, qui a mis fin à plus de quatre décennies de division entre la République démocratique allemande (RDA) et la République fédérale d’Allemagne (RFA), est perçue comme un symbole de l’unité européenne, mais aussi comme un rappel des vulnérabilités du continent.
Le chancelier allemand Friedrich Merz et le président fédéral Frank-Walter Steinmeier ont accueilli, parmi d’autres, le président français Emmanuel Macron et Małgorzata Kidawa-Błońska, maréchal du Sénat polonais, pour cet événement marquant. La présence de ces figures clés souligne l’importance de l’alliance franco-allemande-polonaise, souvent désignée sous le nom de “triangle de Weimar”, pour la stabilité et la sécurité de l’Europe.
Selon le Dr Patrick Keller, chef du centre de sécurité et de défense du Conseil allemand des relations étrangères (DGAP), la situation actuelle exige une action rapide.
« Nous sommes sous une pression énorme. S’appuyer sur l’Amérique ne fonctionne plus comme il l’a fait autrefois. »
Dr Patrick Keller, chef du centre de sécurité et de défense du DGAP
Il insiste sur la nécessité pour l’Europe d’assumer pleinement sa propre sécurité et de renforcer son unité.
Cette prise de conscience intervient dans un contexte de remise en question de l’engagement américain en Europe, suite aux déclarations du président Donald Trump. L’expert en sécurité souligne que, bien qu’une invasion à grande échelle ne soit pas le scénario le plus probable, l’Europe doit se préparer à des menaces plus subtiles, telles que le sabotage des infrastructures énergétiques et les attaques de drones.
« Nous devons nous y préparer maintenant. »
Dr Patrick Keller, chef du centre de sécurité et de défense du DGAP
Il alerte également sur les lacunes de l’équipement de la Bundeswehr (l’armée allemande) et de la police, ainsi que sur les réserves de munitions épuisées.
Gunther Krichbaum, ministre d’État allemand chargé des affaires européennes, a insisté sur le rôle central de la coopération franco-allemande.
« Le moteur franco-allemand souvent cité est plus important que jamais parce que les défis n’ont jamais été plus grands. Mais naturellement, nous avons besoin de la Pologne en tant que partenaire d’Europe centrale et allié. »
Gunther Krichbaum, ministre d’État allemand chargé des affaires européennes
Il a ajouté que sans une collaboration étroite entre l’Allemagne et la France, aucune avancée significative n’est possible en Europe, et que la Pologne est un partenaire indispensable pour impulser de nouvelles dynamiques au sein de l’Union européenne.
Cependant, la coopération européenne se heurte à des obstacles, notamment les divergences nationales en matière de défense. Le programme de futur système de combat aérien (FCAS), un projet à un milliard d’euros visant à développer un nouveau chasseur, illustre ces tensions. Selon M. Krichbaum, l’industrie française réclame actuellement environ 80% des parts du projet, ce qui remet en question l’équilibre initialement prévu.
« Nous devons maintenant voir comment aller de l’avant. »
Gunther Krichbaum, ministre d’État allemand chargé des affaires européennes
L’expert Keller souligne que Dassault, le constructeur aéronautique français, estime pouvoir développer seul le futur avion de chasse et ne pas avoir besoin de la participation allemande.
Malgré ces difficultés, les experts s’accordent sur la nécessité d’une unité européenne renforcée en matière de politique de sécurité et de défense, dans le cadre de l’OTAN. Seule une approche coordonnée permettra, selon eux, de préserver la capacité de dissuasion de l’Europe et de faire face aux défis géopolitiques croissants.
