La Tanzanie est en proie à une crise politique et sécuritaire après les élections contestées de la semaine dernière. Les arrestations se multiplient au sein de l’opposition, tandis que des organisations de défense des droits de l’homme font état d’un nombre potentiellement très élevé de victimes.
Le parti Chadema, principal parti d’opposition tanzanien, a annoncé samedi l’arrestation de son secrétaire général adjoint, Amani Golugwa. La police a également désigné neuf autres personnes comme recherchées dans le cadre de l’enquête sur les violences qui ont éclaté après le scrutin. Ces développements interviennent après l’inculpation de 145 personnes pour trahison, selon les autorités.
« Les forces de police, en collaboration avec d’autres agences de défense et de sécurité, mènent une opération de recherche intensive pour retrouver tous ceux qui ont planifié, coordonné et exécuté cet acte ignoble », a déclaré la police dans un communiqué.
Parmi les personnes recherchées figure Josephat Gwajima, un prédicateur influent dont l’église a été fermée plus tôt cette année pour avoir critiqué le gouvernement. Des mandats d’arrêt ont également été émis contre Brenda Rupia, directrice de la communication de Chadema, et John Mnyika, son secrétaire général.
Les accusations de violences et de répression soulèvent de vives inquiétudes quant au bilan des morts. Chadema et plusieurs organisations de défense des droits de l’homme affirment que plus de 1 000 personnes auraient été tuées par les forces de sécurité. Le gouvernement rejette ces chiffres, sans fournir de bilan officiel.
L’Église catholique de Tanzanie estime que des centaines de personnes ont probablement perdu la vie. La Commission des droits de l’homme du Kenya, une organisation de surveillance régionale, a quant à elle avancé le chiffre alarmant de 3 000 morts, ainsi que des milliers de disparus. Selon cette commission, des images en sa possession montrent que de nombreuses victimes présentaient des blessures par balle à la tête et à la poitrine, suggérant des « assassinats ciblés ».
La présidente Samia Suluhu Hassan, qui a accédé au pouvoir en 2021 après le décès de son prédécesseur, a remporté l’élection avec plus de 97 % des voix, selon les résultats officiels. Elle a affronté 16 candidats issus de petits partis, après que Tundu Lissu, du Chadema, et Luhaga Mpina, du parti ACT-Wazalendo, se sont vus interdire de se présenter.
Des organisations telles qu’Amnesty International dénoncent un climat de répression avant le vote, marqué par des disparitions forcées, des arrestations arbitraires et des exécutions extrajudiciaires. Le gouvernement tanzanien nie ces allégations.
L’Union africaine a exprimé ses préoccupations quant au déroulement du scrutin, soulignant que ses observateurs avaient constaté des irrégularités, notamment des bourrages de bulletins de vote et la remise de plusieurs bulletins par électeur. L’UA a également estimé que l’environnement électoral n’était « pas propice à un déroulement pacifique et à l’acceptation des résultats ».
Depuis l’introduction du multipartisme en 1992, la Tanzanie a été dominée par le Chama cha Mapinduzi, le parti au pouvoir, qui entretient des liens étroits avec le Parti communiste chinois. La victoire de Samia Suluhu Hassan prolonge cette tradition, mais certains observateurs estiment qu’elle dirige le pays avec un style plus autoritaire que ses prédécesseurs.
