La nouvelle adaptation de Tartuffe de Molière, présentée au New York Theatre Workshop, divise la critique. Si la distribution est talentueuse, la pièce souffre d’une approche stylistique excessive et d’un texte qui peine à trouver son rythme, loin de l’élégance des traductions classiques.
La pièce met en scène Orgon (David Cross), un homme riche et naïf, tombé sous l’influence de Tartuffe (Matthieu Broderick), un prédicateur hypocrite qui abuse de la confiance de son hôte. Alors que Tartuffe convoite l’épouse d’Orgon, Elmire (Gris Ambre), et tente de s’emparer de sa fortune, les proches d’Orgon – son fils Damis (Ryan J. Haddad), sa servante Dorine (Lisa Kron) et sa fille Mariane (Emilie Davis) – tentent de le mettre en garde.
La mise en scène de Sarah Benson, habituellement saluée pour son travail avec des auteurs contemporains, semble ici submergée par un décor hyper-stylisé et un texte qui manque cruellement d’humour. L’adaptation de Lucas Hnath, qui privilégie la prose et des rimes approximatives, détonne avec la finesse de la comédie classique. « Je suis étonnée que vous trouviez normal que la femme de ménage ait autant son mot à dire, allez-y et laissez la bonne faire ce qu’elle veut, je ne peux plus rester et vous regarder tous sombrer dans la décadence morale », lance ainsi Mme Pernelle (Bianca del Río) dans un accès de colère, illustrant le ton souvent artificiel de la pièce.
Malgré ces faiblesses, la distribution offre quelques moments de grâce. David Cross incarne avec un plaisir évident l’imbécile confiant qu’est Orgon, tandis que Ryan J. Haddad livre une interprétation énergique de Damis. Lisa Kron, dans le rôle de Dorine, apporte une touche de désabusement amusé, et Francis Jué, en tant que frère d’Elmire, incarne la voix de la raison avec subtilité. Cependant, la performance de Matthieu Broderick en Tartuffe laisse perplexe. Son jeu, décrit comme monocorde et contraint, rappelle davantage Kermit la grenouille en redingote qu’un hypocrite machiavélique.
La conception visuelle de la pièce, avec ses costumes somptueux et colorés, évoque une boîte à macarons. La bande sonore, mélangeant cloches de boxe et bourdonnements industriels, et les séquences de danse, semblent toutefois superflues et nuisent à la cohérence de l’ensemble. Un chant funèbre à la fin de la pièce, censé souligner la culpabilité morale de tous, achève de tuer l’ambiance satirique.
Cette nouvelle version de Tartuffe, bien que portée par des acteurs talentueux, peine à retrouver la vivacité et l’esprit de la comédie de Molière. Contrairement à d’autres adaptations récentes, comme celle du Misanthrope par le Théâtre Red Bull, qui privilégiait la clarté et l’efficacité, cette production semble privilégier le style à la substance.
