Publié le 2024-08-07 14:30:00. Une vidéo choquante révélant des mauvais traitements infligés à un prisonnier palestinien dans le centre de détention de Sde Teiman, situé dans le désert du Néguev, a déclenché une crise politique et judiciaire en Israël, mettant en lumière les conditions de détention et les méthodes d’interrogatoire employées par l’armée.
- La diffusion d’une vidéo montrant des soldats maltraitant un détenu palestinien a conduit à l’arrestation de neuf réservistes et à une enquête criminelle.
- L’avocate en chef de l’armée, Yifat Tomer-Yerushalmi, a été critiquée par le Premier ministre Netanyahu pour avoir autorisé les arrestations, avant de démissionner et d’être elle-même placée en détention.
- L’affaire soulève des questions sur le respect du droit international humanitaire et les pratiques de l’armée israélienne envers les prisonniers palestiniens.
Le centre de détention de Sde Teiman, installé dans le désert du Néguev au sud d’Israël, est devenu un lieu central de détention pour des milliers de Palestiniens arrêtés lors des opérations israéliennes à Gaza suite aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023. Des organisations de défense des droits de l’homme, dont A Moked et Médecins pour les Droits de l’Homme, ont dénoncé le fonctionnement de Sde Teiman comme un lieu de détention secret, privant les détenus d’accès à un avocat et les soumettant à des conditions inhumaines, incluant torture physique, privation de sommeil et traitements dégradants.
Les témoignages d’anciens détenus décrivent un système d’enfermement dans des cages extérieures, où les prisonniers étaient menottés et bandés pendant des semaines, soumis à des interrogatoires intensifs sans contrôle judiciaire.
Le point de rupture est survenu le 6 août 2024, lorsque le journaliste Guy Peleg a diffusé une vidéo provenant des caméras de sécurité de Sde Teiman, révélant des images de torture infligée à un détenu palestinien. La vidéo montre des soldats sodomisant le détenu, et suggère que les blessures rectales dont il a été victime ont été causées par eux. On y voit le prisonnier, nu jusqu’à la taille, les mains liées, entouré de soldats qui le poussent, se moquent de lui et utilisent un objet métallique dans la région rectale. Les soldats rient et profèrent des commentaires désobligeants pendant l’agression.
La diffusion de cette vidéo a provoqué une onde de choc internationale et des réactions vives au sein même de l’armée israélienne. Cinq soldats, assignés à résidence, ont été officiellement inculpés en février 2025 pour blessures graves et voies de fait avec circonstances aggravantes. Leurs identités n’ont pas été divulguées. L’accusation n’inclut pas le chef de viol, indiquant que le détenu a été blessé après avoir été poignardé aux fesses avec un objet pointu.
L’affaire a pris une tournure politique lorsque le Premier ministre Benjamin Netanyahu a sévèrement critiqué l’avocate en chef de l’armée, Yifat Tomer-Yerushalmi, pour avoir autorisé l’arrestation des soldats. Il l’accusait d’« application sélective de la loi », tandis que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a publié une vidéo lui demandant de « laisser les soldats tranquilles ».
Malgré ces pressions, Tomer-Yerushalmi, en sa qualité d’avocate en chef de l’armée, avait ordonné l’ouverture d’une enquête criminelle militaire et la détention préventive des soldats soupçonnés. Le 29 octobre, suite à une enquête, la police a ouvert une enquête criminelle pour fuite d’informations, et Tomer-Yerushalmi a pris un congé. Deux jours plus tard, elle a annoncé sa démission, admettant avoir approuvé la diffusion de la vidéo dans le but de contrer une « fausse propagande » dirigée contre les autorités militaires.
Elle a ensuite été placée en détention, soupçonnée d’entrave à la justice, de fraude, d’abus de confiance et d’abus de pouvoir. Elle avait été retrouvée après plusieurs heures de recherche, suscitant l’inquiétude.
Selon le journaliste et analyste international Carlos Novoa, l’arrestation de Tomer-Yerushalmi est un avertissement à ceux qui pourraient divulguer des informations militaires. Il souligne également que cette affaire se déroule dans un contexte de tensions politiques internes en Israël, entre partisans et détracteurs de Benjamin Netanyahu.
« Il s’agit d’un exemple clair des excès commis par les forces de l’ordre à l’encontre des civils. »
Carlos Novoa, journaliste et analyste international
L’affaire Sde Teiman pourrait renforcer les arguments de ceux qui accusent Israël d’excès militaires devant la Cour pénale internationale.
L’ancien chef légal de l’armée israélienne, Yifat Tomer-Yerushalmi. (NOAM MOSKOWITZ / BUREAU DU PRÉSIDENT DE LA KNESET).
Yifat Tomer-Yerushalmi, née à Netanya, a fait des études de droit à l’Université hébraïque de Jérusalem et a obtenu un master en droit de l’Université de Tel-Aviv, ainsi qu’un autre à l’École de l’avocat général de l’armée américaine à Charlottesville. Elle a débuté sa carrière au sein de l’équipe du procureur général de l’armée entre 2007 et 2015, servant de juge militaire pendant une période tendue du conflit israélo-palestinien. En 2019, elle a été promue conseillère en égalité des genres au sein des Forces de défense israéliennes, promouvant des politiques contre le harcèlement sexuel et l’inclusion des femmes. Elle a été nommée avocat général de l’armée en 2021, devenant la plus haute autorité judiciaire des forces armées israéliennes.
