Publié le 10 décembre 2025 00:28:00. De plus en plus de jeunes adultes recourent à la faillite personnelle, une tendance amplifiée par l’augmentation des taux d’intérêt et mise en avant sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, où certains la présentent comme une solution libératrice.
- Le nombre de dépôts de bilan a augmenté depuis 2022, malgré un niveau global inférieur à celui du début des années 2000.
- La faillite, bien que pouvant offrir un soulagement à court terme, comporte des risques financiers et des conséquences à long terme sur la cote de crédit.
- Des alternatives à la faillite existent, comme la négociation de dettes ou la mise en place d’un plan de gestion de la dette.
Whitney Catalano, une travailleuse indépendante, a déclaré sa faillite (chapitre 7) en 2022, croulant sous plus de 60 000 $ (environ 46 500 €) de dettes de cartes de crédit et de prêts personnels. Pour elle, cette décision a représenté une forme de libération.
« Je me sentais complètement dépassée par l’argent. Je voulais tourner la page et repartir de zéro. »
Whitney Catalano
Son témoignage n’est pas isolé. Sur TikTok, une communauté grandissante partage des expériences similaires, présentant la faillite comme une solution positive, voire même comme un moyen de retrouver le bonheur. Cette tendance se traduit également dans les chiffres réels, selon les tribunaux américains de faillite. Si le nombre total de dépôts de bilan reste inférieur à celui des années 2000 – environ 310 600 dépôts au titre du chapitre 7 en 2024 contre 1 139 600 en 2010 – il est en hausse depuis que la Réserve fédérale (Fed) a augmenté ses taux d’intérêt en 2022.
Janet Swope, conseillère en crédit depuis 30 ans, constate une augmentation du nombre de clients, en particulier parmi les jeunes, qui suivent un cours agréé par l’État avant d’envisager la faillite.
Cependant, la faillite ne doit pas être envisagée à la légère. Michael DuPont, avocat spécialisé en droit de la faillite chez Wagner, Falconer & Judd, Ltd, souligne qu’il est crucial d’examiner toutes les alternatives possibles avant de prendre une telle décision. Il observe également une plus grande acceptation sociale de la faillite aujourd’hui qu’il y a 35 ans, lorsqu’il a commencé sa carrière.
Avant de déposer le bilan, il est possible de négocier un règlement de dettes avec les créanciers, soit directement, soit avec l’aide d’un conseiller en crédit ou d’une société spécialisée. Des outils d’intelligence artificielle peuvent même négocier en votre nom. Il est également envisageable de bénéficier d’un taux d’intérêt plus bas et d’un allègement de la dette grâce à un plan de gestion de la dette, négocié par une agence de conseil en crédit. Ces solutions peuvent être plus rapides, moins coûteuses et avoir un impact moins négatif sur votre cote de crédit.
La faillite n’est pas sans inconvénients. Les frais de dépôt commencent à 313 $ (environ 240 €), mais l’embauche d’un avocat peut coûter entre 1 000 $ (environ 770 €) et plus de 5 000 $ (environ 3 850 €), auxquels peuvent s’ajouter les frais de cours obligatoires. Il existe deux principaux types de faillite pour les particuliers : le chapitre 7 et le chapitre 13. Le chapitre 7 implique la vente de certains biens pour rembourser les créanciers, tandis que le chapitre 13 permet de mettre en place un plan de remboursement sur 3 à 5 ans, en conservant ses biens.
Une faillite du chapitre 7 reste inscrite au rapport de crédit jusqu’à 10 ans, et une faillite du chapitre 13 jusqu’à 7 ans, ce qui peut compliquer l’obtention d’un logement, d’un prêt automobile ou d’une hypothèque. Même en cas d’approbation, les taux d’intérêt peuvent être plus élevés. De plus, certains actifs peuvent être saisis en cas de faillite du chapitre 7, tandis que le chapitre 13 permet de les conserver à condition de respecter le plan de remboursement.
Whitney Catalano affirme avoir reconstruit une bonne cote de crédit après sa faillite et a pu obtenir un logement et de nouvelles cartes de crédit qu’elle rembourse régulièrement. Elle n’a plus de dettes.
Selon Michael DuPont, la faillite peut être une option pertinente dans certains cas :
- Chapitre 7 : en cas de peu d’actifs et de dettes médicales ou de cartes de crédit importantes, sans possibilité de négociation avec les créanciers.
- Chapitre 13 : en cas de risque de saisie immobilière en raison d’un logement trop coûteux.
Janet Swope souligne que la plupart de ses clients ressentent du remords et s’excusent pour leur situation financière. Elle insiste sur le fait qu’il ne faut pas se sentir coupable, car des événements imprévus comme les dettes médicales, la perte d’emploi, le divorce ou les dépenses de base dépassant les revenus peuvent conduire à la faillite.
« Le temps fait son œuvre », conclut Janet Swope. Plus le temps passe depuis le dépôt de bilan, moins cela affecte l’avenir financier. La faillite n’est donc pas une solution miracle, mais pour certains, elle peut être le premier pas vers un nouveau départ.
