Le gouvernement de la République démocratique du Congo a interdit les rassemblements publics dans quatre provinces le 27 juin 2026 pour limiter la propagation d’une épidémie d’Ebola. Cette mesure, qui touche Kinshasa et trois autres provinces, intervient alors que le virus a déjà causé 360 décès et infecté 1 274 personnes.
L’interdiction des rassemblements et les tensions politiques
Photo: World Health Organization (WHO)
L’ordre émis par le ministre de l’Intérieur couvre Kinshasa, ainsi que les provinces de la Tshopo, du Haut-Uele et du Bas-Uele. Bien qu’aucun cas n’ait été enregistré dans ces zones, les autorités justifient cette décision par la proximité avec les provinces touchées. À Goma, le maire a également banni les manifestations et les célébrations sportives, une décision prise juste après des rassemblements pour qualifier de la RDC pour les phases finales de la Coupe du monde de la FIFA 2026.
Cette restriction sanitaire coïncide avec un climat politique explosif. Des figures de l’opposition appellent à manifester le 8 juillet contre une réforme constitutionnelle qui pourrait permettre au président Felix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.
« politiquement motivée. »
Prince Epenge, porte-parole de la coalition d’opposition Lamuka, via Jerusalem Post
Le porte-parole a affirmé que la manifestation serait maintenue. Les tensions sont d’autant plus vives qu’un précédent rassemblement, le 12 juin, a été réprimé par la police avec des gaz lacrymogènes et des munitions réelles, entraînant un mort et 38 blessés, selon le Bureau des droits de l’homme de l’ONU.
L’expansion vers le Haut-Uele et la menace du virus Bundibugyo
Photo: The Korea Herald
L’épidémie, déclarée le 15 mai, s’est étendue à une quatrième province, le Haut-Uele, après qu’une personne infectée a voyagé depuis Bunia, la capitale de l’Ituri. Cette expansion signifie que l’ensemble du nord-est du pays, où vivent environ 15 millions de personnes, est désormais touché.
Le foyer principal reste la province de l’Ituri, avec 1 165 cas et 301 décès. Cette 17e épidémie en RDC est causée par la souche Bundibugyo, une variante pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin ni traitement spécifique.
La propagation est accélérée par des facteurs culturels et sécuritaires. Les rites funéraires, où les familles touchent traditionnellement le corps du défunt, constituent des vecteurs majeurs de transmission. Parallèlement, la violence persistante dans l’Ituri et le Haut-Uele, notamment les incursions des Forces démocratiques alliées (ADF) liées à l’État islamique, entrave le déploiement des équipes de santé.
Un système de santé saturé et des patients disparus
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La pression sur les infrastructures médicales est critique. Selon l’Institut National de Santé Publique, les centres de traitement opèrent actuellement à plus de 138 % de leur capacité. Le personnel soignant est lui-même durement touché : 78 agents de santé ont été infectés et 18 sont décédés.
L’inquiétude grandit également face à des failles majeures dans le suivi des malades. Africa CDC a alerté sur la disparition de près de 300 personnes ayant été testées positives au virus. L’absence de localisation de ces patients fait craindre une propagation incontrôlée.
Les projections de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sont alarmantes. Les experts prévoient, avec une probabilité de 70 %, plus de 8 000 cas et 1 400 décès d’ici la mi-septembre, avec un risque réel d’extension vers le Soudan du Sud. Dans le scénario le plus pessimiste, le nombre de cas pourrait dépasser les 60 000.
On note une divergence dans les données rapportées : alors que les données gouvernementales citées par plusieurs sources font état de 1 274 cas et 360 décès, l’OMS a recensé 1 094 cas et 277 décès lors de son briefing du 24 juin.
L’effort logistique et l’espoir des nouveaux traitements
Pour contrer l’épidémie, un pont aérien massif a été mis en place. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a acheminé plus de 520 tonnes de fournitures d’urgence via son hub d’Entebbe, en Ouganda. Le fret comprend des équipements de protection individuelle (EPI), des fournitures médicales et des biscuits à haute valeur énergétique.
Kelly Bradley, consultante en logistique au PAM Ouganda, a précisé que des avions C-130 effectuent des rotations vers Bunia, transportant jusqu’à 15 tonnes de cargaison par vol, selon Logistics Update Africa.
Sur le plan médical, l’OMS et ses partenaires, dont l’Université d’Oxford et l’Institut National de Recherche Biomédicale de la RDC, s’apprêtent à lancer un essai clinique. Ce test évaluera l’efficacité de deux antiviraux, le remdesivir et le MBP134, seuls ou en combinaison, pour réduire la mortalité liée au virus Bundibugyo.
L’urgence est mondiale. L’OMS a récemment signalé qu’un travailleur humanitaire de l’ONG ALIMA, revenu en France après avoir soigné des patients en RDC, a été testé positif au virus. L’Ouganda a également confirmé 20 cas et deux décès, tous liés à l’épidémie congolaise.
L’enjeu des prochaines semaines réside dans la capacité des autorités à sécuriser l’accès humanitaire dans les zones de conflit et à stabiliser la chaîne de transmission avant que le pic de l’épidémie ne soit atteint.
Note : Cet article est fourni à titre informatif. Pour tout conseil médical ou question relative à la santé, veuillez consulter un professionnel de santé qualifié.
Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.