Publié le 3 novembre 2023. Des assistants médico-sociaux malaisiens alertent le gouvernement sur un projet de loi visant à réglementer leur profession, craignant une exclusion des agents du secteur public qui compromettrait l’efficacité et la reconnaissance de leur travail.
- Un projet de loi sur la profession d’assistant médico-social, en gestation depuis 2010, pourrait ne concerner que les professionnels du secteur privé.
- Les assistants médico-sociaux du secteur public s’inquiètent de ne pas être inclus dans cette réglementation, ce qui pourrait affecter leur statut et leurs compétences.
- Ils plaident pour une reconnaissance formelle et une obligation de formation continue afin de garantir la qualité des soins prodigués.
Après plus de sept décennies de présence dans le système de santé malaisien, la profession d’assistant médico-social (AMS) est sur le point de connaître un tournant. Un projet de loi visant à réglementer cette profession est enfin à l’étude, mais une exclusion potentielle des agents du secteur public suscite de vives inquiétudes. Ces professionnels, qui jouent un rôle crucial dans le soutien psychosocial des patients et de leurs familles, craignent que cette omission ne fragilise leur statut et ne compromette la qualité des services offerts.
« Nous attendons depuis trop longtemps une licence pour exercer en tant qu’assistant médico-social. Même si nous travaillons au sein du service public et sommes soumis à des réglementations statutaires, notre profession n’est toujours pas formellement reconnue », témoigne Fatimang Ladola, AMS expérimentée avec 28 ans de pratique. Elle souligne le contraste avec d’autres professions de santé – médecins, infirmiers, pharmaciens – qui bénéficient toutes d’une reconnaissance et d’une réglementation spécifiques.
Le rôle de l’AMS est essentiel : il consiste à apporter un soutien psychosocial aux patients et à leurs proches, en réalisant des évaluations approfondies et en proposant des interventions thérapeutiques et une assistance pratique. Le projet de loi, en cours d’élaboration depuis 2010, vise à professionnaliser et à réglementer l’ensemble du secteur du travail social. Cependant, la version actuelle prévoit d’appliquer cette réglementation uniquement aux travailleurs du secteur privé ou des organisations non gouvernementales.
Selon le gouvernement, cette exclusion s’explique par le fait que de nombreux AMS du secteur public ne répondent pas aux critères minimaux d’entrée, notamment en termes de qualifications formelles. Cette situation remet en question leur compétence et leur aptitude à exercer leurs fonctions. Putrajaya justifie également cette approche en affirmant que les AMS du secteur public sont déjà « réglementés » par le biais des directives officielles établies par les autorités.
Fatimang Ladola explique que l’absence de réglementation formelle expose les AMS à des missions qui ne relèvent pas de leur champ de compétences. Elle insiste sur le fait que l’inclusion des agents du secteur public dans le projet de loi les obligerait à suivre des formations continues et à obtenir des permis d’exercice.
« Grâce à l’obtention d’un permis, les assistants médico-sociaux auraient une raison d’améliorer leurs compétences, de les maintenir et de suivre des conseils professionnels appropriés »,
Fatimang Ladola, assistante sociale médico-sociale
Elle ajoute que la réglementation permettrait de définir clairement les responsabilités de chaque professionnel et d’éviter les chevauchements de compétences. Dans les situations délicates, comme la protection de l’enfance ou la gestion de cas sociaux, un AMS agréé pourrait intervenir et prendre le relais, même si un autre professionnel avait initialement pris en charge le dossier.
Nor Anida Nawawi, une autre AMS, met en garde contre le risque de voir leur rôle s’estomper en l’absence de réglementation. Elle raconte que certains de ses collègues ont été contraints d’effectuer des tâches administratives ou financières au détriment de leur mission principale, même lorsque les patients avaient besoin d’une expertise spécialisée.
« Une fois que nous aurons obtenu notre licence, nous aurons une identité professionnelle claire. Nos plans, recommandations et propositions seront formellement reconnus »,
Nor Anida Nawawi, assistante sociale médico-sociale
Mohamed Afiq Mohamed Fauzi, AMS avec 11 ans d’expérience, souligne que le projet de loi est essentiel pour garantir la responsabilité de tous les acteurs, tant du côté des patients que des professionnels. Il insiste sur l’importance d’une licence pour protéger les intérêts de chacun.
La Malaisie est l’un des derniers pays d’Asie du Sud-Est à ne pas disposer d’une législation spécifique pour réglementer la profession d’assistant médico-social. Les pays voisins, tels que les Philippines, Singapour, la Thaïlande et l’Indonésie, ont déjà mis en place des réglementations pour garantir la qualité des services offerts.
Les trois professionnels espèrent que le gouvernement prendra en compte leurs préoccupations et veillera à ce que tous les assistants médico-sociaux soient soumis aux mêmes normes professionnelles. Ils estiment qu’une approche inclusive dès le départ serait préférable à une modification ultérieure du projet de loi.
Image principale : Fatimang (à gauche), Nor Anida (au centre) et Mohamed Afiq, estiment qu’exclure les travailleurs du secteur public de la réglementation en vertu du projet de loi sur la profession d’assistant médico-social aura un effet néfaste.
