Publié le 16 octobre 2025 à 10h45. L’assassinat de l’avocat David Cohen devant les tribunaux de Mexico soulève des questions troublantes, entre règlement de comptes et possible implication de figures influentes du pouvoir judiciaire.
- L’avocat David Cohen a été abattu de deux coups de feu devant les tribunaux de Mexico et est décédé quelques heures plus tard.
- Deux jeunes hommes, âgés de 18 et 20 ans, ont été arrêtés et auraient agi pour une somme comprise entre 30 000 et 50 000 pesos (environ 1 500 à 2 500 €).
- L’enquête s’oriente vers les liens de Cohen avec Rafael Guerra, le controversé président de la Cour suprême de justice de Mexico.
L’affaire de l’assassinat de l’avocat David Cohen, survenu lundi devant les tribunaux de Mexico, est loin d’être éclaircie. Si deux suspects ont été interpellés, les motivations du crime restent floues et plusieurs pistes sont explorées par les enquêteurs.
Selon le parquet de la capitale, les deux jeunes hommes arrêtés, âgés de 18 et 20 ans, auraient commis leur premier contrat pour une somme oscillant entre 30 000 et 50 000 pesos. Cette version, qui présente l’assassinat comme un simple règlement de compte, est accueillie avec scepticisme par certains spécialistes.
L’attention se porte désormais sur les relations de la victime avec Rafael Guerra, le président de la Cour suprême de justice de Mexico. Plusieurs avocats, interrogés par la presse, confirment que Cohen était proche de Guerra, ancien avocat de l’ancien président Andrés Manuel López Obrador. Des sources évoquent même une réunion prévue entre les deux hommes lundi, au moment de l’assassinat, dans le cadre de la campagne de réélection de Guerra.
Le Tribunal supérieur de justice (TSJ) a cependant démenti toute rencontre. Dans un communiqué, il affirme que Guerra était en réunion avec des représentants syndicaux et l’administration du tribunal au moment du drame. « Il n’y a eu aucun rendez-vous, aucune réunion informelle, aucune conversation entre Cohen et Guerra », a-t-il insisté.
L’expert en sécurité David Saucedo estime que Cohen aurait apporté son soutien à Guerra dans sa campagne de réélection. Il suggère que l’assassinat pourrait être un message envoyé à ceux qui s’opposent à Guerra, une forme de « règlements de comptes à la sicilienne », comparable aux méthodes de la mafia italo-américaine.
L’approbation, le 31 août dernier, d’une réforme de la loi organique du pouvoir judiciaire de la capitale, permettant à Guerra de briguer un nouveau mandat jusqu’en 2027, a également suscité des controverses, en raison de la proximité de Guerra avec le parti l’ouvriérisme au pouvoir.
Saucedo critique également le parquet de Mexico, dirigé par Bertha Alcalde Lujan, pour ne pas avoir convoqué Guerra et son assistante personnelle, Karen Miranda, à témoigner. Il soupçonne une volonté de protéger l’image de la Cour suprême.
L’affaire prend une tournure d’autant plus étrange que les publications de Cohen sur les réseaux sociaux étaient souvent critiques à l’égard du parti Morena. Il avait notamment qualifié le parti au pouvoir de « voyous » pour son soutien à la réforme judiciaire, qui prévoit notamment l’élection populaire des juges.
Certaines organisations, comme l’Association mexicaine pour la transparence judiciaire, rejettent ces spéculations, les qualifiant de tentative de décrédibilisation des réformes judiciaires.
L’enquête se concentre également sur les dossiers défendus par Cohen, notamment ceux impliquant d’anciens footballeurs comme Salvador Carmona, l’acteur Sebastián Rulli, ou la chanteuse Anahí Puente, épouse de l’ancien gouverneur du Chiapas, Manuel Velasco.
Cohen était également connu pour son travail de plus de 15 ans dans le dossier complexe de Croix Bleue, un conglomérat d’entreprises impliqué dans des querelles intestines et des accusations de fraude et de crime organisé.
Pour l’heure, l’ombre plane toujours sur le meurtre de David Cohen, et les autorités mexicaines sont confrontées à un défi de taille pour faire la lumière sur cette affaire complexe.
Les deux jeunes hommes arrêtés, Héctor N et Donovan N, avaient des antécédents judiciaires pour des délits mineurs, mais n’étaient pas connus pour appartenir à des organisations criminelles. L’enquête a révélé l’existence d’un intermédiaire présumé, surnommé Le Dingo, qui aurait recruté les tueurs.
« Les éléments communiqués par les autorités ne me convainquent pas, affirme Saucedo. Ces individus sont totalement inconnus, sans lien avec des chefs de cartel ou des tueurs à gages. Ils n’ont pas de casier judiciaire significatif. Ce sont des exécutants de bas niveau. »
