Publié le 22 octobre 2025 à 07h00. Des réseaux de fraude en ligne basés en Asie du Sud-Est attirent de plus en plus de victimes sud-coréennes, poussées par un marché du travail national en difficulté et des promesses d’emplois faciles et bien rémunérés.
- Le gouvernement sud-coréen a rapatrié 64 personnes impliquées dans des escroqueries en ligne au Cambodge, dont certains ont été arrêtés à leur arrivée.
- Plus de 100 000 personnes seraient impliquées dans ces fraudes, en tant qu’auteurs ou victimes, selon les Nations Unies.
- Le Cambodge, le Myanmar et le Laos sont devenus des plaques tournantes pour ces activités criminelles, en raison de leur proximité géographique et de leurs liens économiques avec la Chine.
La Corée du Sud est confrontée à une augmentation inquiétante du nombre de ses citoyens victimes d’arnaques en ligne orchestrées par des réseaux criminels basés principalement au Cambodge. Ces escroqueries, souvent déguisées en offres d’emploi alléchantes, exploitent les difficultés rencontrées par les jeunes Sud-Coréens sur le marché du travail.
La semaine dernière, un groupe de 64 personnes, comprenant des victimes et des auteurs présumés d’escroqueries, a été ramené en Corée du Sud par le gouvernement. À leur arrivée à l’aéroport d’Incheon, certains ont été immédiatement placés en garde à vue par la police, soupçonnés d’être impliqués dans des activités criminelles.
Ces événements interviennent après la découverte, en août dernier, du corps d’un étudiant sud-coréen, Park, qui avait été enlevé et torturé par des escrocs opérant au Cambodge. Récemment, une femme d’une trentaine d’années a également été signalée comme potentielle victime d’une arnaque similaire.
Selon Kim Yoo Bin, chercheur principal à l’Institut coréen du travail, l’augmentation du nombre de Sud-Coréens partant à l’étranger à la recherche d’un emploi reflète un affaiblissement du marché du travail national. Elle explique :
« Les entreprises nationales réduisent le nombre de contrats temporaires et limitent l’embauche aux professionnels expérimentés. Les jeunes diplômés, sans expérience, ont donc du mal à trouver un emploi. »
Kim Yoo Bin, chercheur principal à l’Institut coréen du travail
La pression sociale et la crainte du chômage poussent également les jeunes Sud-Coréens à accepter des offres d’emploi en ligne qui s’avèrent souvent trop belles pour être vraies. Ces offres promettent des salaires élevés et des tâches faciles, mais conduisent en réalité à des situations d’exploitation et d’esclavage moderne.
Ces réseaux criminels se sont particulièrement implantés au Cambodge, au Myanmar et au Laos, qui sont devenus des centres majeurs de trafic d’êtres humains et d’opérations de fraude. Le professeur Jung Bub Mo, de l’Université nationale Pukyong de Busan, souligne la difficulté de remonter à ces réseaux, qui utilisent des adresses IP de pays voisins, comme la Thaïlande, pour masquer leurs activités.
« La plupart des zones économiques en Asie du Sud-Est sont situées près des frontières, ce qui permet à ces groupes d’opérer dans les villes frontalières. »
Jung Bub Mo, professeur à l’Université nationale Pukyong de Busan
La Chine joue un rôle important dans cette situation, étant le principal investisseur dans ces zones sensibles. Cette dépendance économique limite la capacité des pays comme le Cambodge, le Laos et le Myanmar à exercer pleinement leur souveraineté.
La ville côtière de Sihanoukville, au Cambodge, autrefois réputée pour ses plages, est devenue une base pour les réseaux criminels chinois. Comme Myawaddy au Myanmar et Bamban aux Philippines, elle est un centre de fraude en ligne, d’esclavage, de trafic d’êtres humains et de violations des droits de l’homme.
Selon les données des Nations Unies, plus de 100 000 personnes seraient impliquées dans ces fraudes, que ce soit en tant qu’auteurs ou en tant que victimes.
