Publié le 9 décembre 2025 à 07h52. L’Australie met en œuvre une loi interdisant aux moins de 16 ans d’accéder aux réseaux sociaux, une mesure destinée à protéger la jeunesse, mais qui suscite le scepticisme chez les adolescents eux-mêmes, habitués à une vie connectée.
- Une nouvelle loi australienne interdit aux moins de 16 ans d’utiliser les réseaux sociaux à partir de ce mercredi.
- Les adolescents interrogés estiment que cette interdiction aura peu d’impact sur leurs habitudes, connaissant déjà des astuces pour contourner les restrictions.
- Les parents sont partagés entre l’espoir d’une protection accrue pour leurs enfants et le constat d’une dépendance déjà bien ancrée.
Melbourne, Australie – Alors que l’Australie devient le premier pays à adopter une législation nationale visant à limiter l’accès des jeunes aux réseaux sociaux, les réactions des principaux concernés sont mitigées. Darcey Pritchard, 15 ans, a déjà supprimé Snapchat de son téléphone il y a un an, submergée par l’algorithme de l’application. Son ami Luca Hagop, du même âge, a récemment passé plus de 34 heures en une semaine sur Instagram, explorant des vidéos d’animaux et des contenus aléatoires. Ces deux exemples, ainsi que ceux d’Amélie Tomlinson, 14 ans, qui suit ses amis sur Snapchat et n’a presque plus de numéros de téléphone, et de Jasmine Bentley, 15 ans, qui rêve de devenir créatrice de contenu malgré l’interdiction imposée par ses parents, illustrent la complexité de la relation des adolescents avec les plateformes numériques.
La loi, adoptée il y a un an, vise à protéger les enfants des risques associés aux réseaux sociaux, tels que les problèmes de santé mentale, le cyberharcèlement et les effets sur le développement cérébral. Le gouvernement australien, mené par le Premier ministre Anthony Albanese, reconnaît que cette loi ne sera pas une solution miracle, mais espère qu’elle enverra un message fort sur la nécessité de protéger la jeunesse. Anika Wells, la ministre des Communications, imagine même une nouvelle réalité où les enfants pourraient consacrer plus de temps aux sports, à la cuisine ou à l’apprentissage de nouvelles langues.
Cependant, pour une génération née avec les smartphones et les réseaux sociaux, l’interdiction semble difficile à appliquer. La plupart des adolescents connaissent des techniques pour contourner les restrictions, comme l’utilisation de réseaux privés virtuels (VPN) ou la falsification de leur âge lors de l’inscription. D’autres recourent aux informations de leurs parents ou à l’identité de leurs frères et sœurs plus âgés pour créer des comptes. Plus fondamentalement, les réseaux sociaux sont devenus une partie intégrante de leur vie sociale et de leur communication.
« C’est notre façon de communiquer »,
Amélie Tomlinson, adolescente
Darcey, quant à elle, pense que certains de ses amis envisagent de migrer vers de nouvelles applications. « Vous n’arrêterez pas ces gens », affirme-t-elle avec conviction.
Les entreprises de médias sociaux concernées, dont Facebook, Instagram, Kick, Reddit, Snapchat, Threads, TikTok, Twitch, X et YouTube, ont déclaré qu’elles ne considéraient pas une interdiction générale comme la meilleure approche pour assurer la sécurité des enfants, mais qu’elles désactiveraient néanmoins les comptes des utilisateurs de moins de 16 ans.
L’inquiétude des parents face aux effets néfastes des réseaux sociaux sur la santé mentale et le développement de leurs enfants est croissante à l’échelle mondiale. Craig Bentley, le père de Jasmine, estime que même si son enfant est inévitablement exposée aux réseaux sociaux, il se sent plus serein en sachant qu’elle est accompagnée d’amis plutôt que de naviguer seule. Il observe également un changement de comportement chez les jeunes, avec une diminution de la capacité d’attention et de l’autorégulation depuis l’essor des smartphones.
L’Australie n’est pas seule dans sa démarche. La Malaisie envisage également des mesures similaires. Cependant, la loi australienne soulève des questions sur sa faisabilité et son efficacité, compte tenu de la capacité des adolescents à contourner les restrictions et de l’omniprésence des réseaux sociaux dans leur vie quotidienne. Amélie, par exemple, a deux comptes TikTok, l’un privé pour ses amis proches et l’autre pour un cercle plus large, et a réussi à se faire valider son âge de 16 ans par l’application en soumettant un selfie.
« Ils arrachent quelque chose qui s’est développé en nous et qui fait chaque jour davantage partie de nos vies »,
Jasmine Bentley, adolescente
Alors que l’interdiction entre en vigueur, certains observateurs prévoient l’émergence de nouvelles applications, comme « Yope » et « Lemon8 », qui pourraient devenir des alternatives populaires. La bataille pour contrôler l’accès des jeunes aux réseaux sociaux ne fait que commencer.
Cet article a été initialement publié dans The New York Times.
