Publié le 3 novembre 2025 à 07h05. Spotify est accusé de fermer les yeux sur une fraude massive de streams sur sa plateforme, gonflant artificiellement les chiffres d’écoute de certains artistes, dont Drake, au détriment d’autres créateurs.
- Un nouveau recours collectif allègue que Spotify a ignoré des milliards de streams frauduleux.
- Le rappeur RBX, cousin de Snoop Dogg, est le demandeur principal de cette action en justice.
- Drake est cité comme l’artiste dont les chiffres de streaming seraient les plus artificiellement gonflés.
Spotify est au cœur d’une nouvelle controverse. Un recours collectif déposé ce dimanche devant un tribunal californien accuse la plateforme de streaming de négliger activement une fraude à grande échelle, permettant à des artistes de bénéficier de milliards de streams artificiels. Le plaignant principal, le rappeur RBX, connu pour sa collaboration avec Dr. Dre, estime que cette pratique nuit aux artistes légitimes et fausse la répartition des revenus.
Bien que la plainte cible principalement Spotify, elle met en lumière des anomalies significatives dans les chiffres de streaming de Drake. Selon les allégations, un « pourcentage substantiel et non négligeable » des 37 milliards de streams attribués au rappeur seraient faux, résultant d’un réseau de comptes automatisés, ou « robots ». Aucune accusation directe n’est portée contre Drake lui-même, mais le procès suggère que Spotify était au courant de ces pratiques frauduleuses.
Le système de rémunération des artistes sur Spotify, basé sur un modèle de « streamshare », où les revenus de l’abonnement et de la publicité sont répartis en fonction de la part de chaque artiste dans le total des streams, est particulièrement vulnérable à ce type de fraude. Les faux streams, en gonflant artificiellement la part de certains artistes, réduisent mécaniquement les revenus versés aux autres.
Le procès détaille des méthodes utilisées pour masquer l’origine frauduleuse des streams, notamment l’utilisation de réseaux privés virtuels (VPN) pour falsifier la géolocalisation des comptes. Il est ainsi allégué que, sur une période de quatre jours en 2024, au moins 250 000 streams de la chanson « No Face » de Drake provenaient de Turquie, mais ont été redirigés vers le Royaume-Uni via des VPN. De plus, la plainte souligne une concentration géographique suspecte de certains comptes diffusant la musique de Drake, certains étant situés dans des zones où la population ne pourrait pas générer un tel volume d’écoute.
Les anomalies ne s’arrêtent pas là. Le procès relève également des pics d’écoute significatifs et inexpliqués pour les chansons de Drake, ainsi qu’une décroissance moins rapide de leur popularité par rapport à celle de ses concurrents. Il est également avancé que certains comptes écoutent la musique de Drake de manière intensive, jusqu’à 23 heures par jour, et qu’un faible pourcentage d’utilisateurs concentre une part disproportionnée des streams du rappeur.
« En conséquence », affirme la plainte, « la musique de Drake a accumulé un total de streams bien plus élevé que celui d’autres artistes très écoutés, même si ces artistes avaient beaucoup plus d’utilisateurs que Drake. »
Cette affaire intervient quelques semaines après le rejet d’un procès intenté par Drake contre Universal Music Group, dans lequel il accusait son label d’avoir artificiellement gonflé la popularité d’un morceau de Kendrick Lamar. Bien que cette affaire portait sur une diffamation, elle soulevait déjà des questions sur la manipulation des chiffres de streaming.
La fraude en matière de streaming est un problème récurrent dans l’industrie musicale, avec des estimations de pertes allant de centaines de millions à plusieurs milliards de dollars par an. Une enquête de Rolling Stone de 2019 estimait les pertes à 300 millions de dollars par an. Une étude de 2023 menée en France a révélé qu’entre 1 et 3 % de tous les streams étaient faux, ce qui représente des pertes potentielles de 510 millions de dollars à l’échelle mondiale. L’entreprise Beatdapp, spécialisée dans la détection de la fraude, estimait l’an dernier que 10 % de tous les streams sont frauduleux, entraînant des pertes annuelles de 2 à 3 milliards de dollars.
Les autorités du monde entier intensifient leurs efforts pour lutter contre ce phénomène. Un Danois a été condamné l’année dernière, et une personne a été arrêtée au Brésil en mars. En Turquie, où certains des streams frauduleux de Drake seraient originaires, les autorités ont lancé une enquête sur Spotify, notamment concernant des allégations de pots-de-vin pour le placement de listes de lecture.
Aux États-Unis, les procureurs fédéraux ont engagé des poursuites sans précédent contre un musicien de Caroline du Nord, Michael Smith, accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour générer des centaines de milliers de chansons et gonfler artificiellement leurs streams.
Le recours collectif déposé dimanche réclame plus de 5 millions de dollars de dommages-intérêts et demande à un juge fédéral de certifier le procès comme un recours collectif, d’ordonner à Spotify d’identifier les victimes présumées et de superviser un procès devant jury.
RBX, de son vrai nom Eric Dwayne Collins, a collaboré avec Dr. Dre sur l’hymne de la côte ouest « Let Me Ride » et a participé à plusieurs morceaux de l’album emblématique The Chronic.
