Publié le 20 octobre 2024. L’Espagne se situe parmi les derniers pays européens en matière de soins palliatifs, selon une nouvelle étude mondiale qui révèle d’importantes disparités d’accès à ces services essentiels, même dans les nations les plus développées.
- L’Espagne occupe le 28e rang mondial en matière de soins palliatifs, avant-dernière parmi les pays avancés.
- La moitié de la population mondiale n’a pas accès à des soins palliatifs adéquats.
- Des inégalités territoriales importantes persistent en Espagne, l’accès aux soins variant considérablement d’une communauté autonome à l’autre.
L’Espagne se trouve en queue de peloton des nations avancées en matière de soins palliatifs, devançant à peine la Corée du Sud, selon le premier atlas mondial évaluant la disponibilité de ces services. Cette étude, préparée par l’Observatoire Atlante de l’Université de Navarre avec l’aval de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), met en lumière un manque criant d’accès aux soins palliatifs à l’échelle mondiale.
Le rapport révèle que la moitié de la population mondiale est privée de ces soins, qui ne se limitent pas à la fin de vie mais peuvent s’étendre sur plusieurs années pour améliorer la qualité de vie des patients atteints de maladies graves. L’étude examine 14 indicateurs répartis en six dimensions : l’autonomisation de la société, les politiques de santé, la recherche, l’éducation, l’accès aux médicaments essentiels et la prestation des soins palliatifs pour les adultes et les enfants.
Si certains pays, comme l’Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Australie, le Chili, l’Uruguay, le Costa Rica, l’Ouganda et la Thaïlande, servent de modèles, d’autres, tels qu’Israël, le Canada, le Liechtenstein, la Roumanie ou la Mongolie, affichent des résultats décevants. L’Espagne, bien que possédant des atouts dans son cadre réglementaire, l’accès aux médicaments et la recherche, souffre d’une forte disparité territoriale dans la qualité des services.
Selon Carlos Centeno, directeur de la médecine palliative de la clinique de l’Université de Navarre et auteur principal du rapport, une meilleure intégration des soins palliatifs dans les soins primaires est cruciale.
« Bien qu’il y ait une collaboration, elle n’est pas encore systématiquement consolidée dans tout le pays. »
Carlos Centeno, directeur de la médecine palliative de la clinique de l’Université de Navarre
Elia Martínez, président de la Société espagnole de soins palliatifs (SECPAR), souligne que cette hétérogénéité se traduit par un accès très inégal aux soins, dépendant souvent du lieu de résidence.
« Tout dépend du code postal. »
Elia Martínez, président de la Société espagnole de soins palliatifs (SECPAR)
Seulement 40 % des patients espagnols ayant besoin de soins palliatifs spécialisés y ont effectivement accès. Un manque de données fiables sur les prestataires de soins constitue également un obstacle majeur. La SECPAR mène actuellement un recensement pour mieux cerner la réalité espagnole, qui compte 4 000 spécialistes répartis en 500 équipes.
La société plaide pour l’adoption d’une loi palliative garantissant un niveau minimal de soins et une meilleure formation du personnel soignant. L’étude souligne également la nécessité de promouvoir la recherche dans ce domaine, qui reste sous-développé par rapport à d’autres spécialités médicales, et d’améliorer les soins pédiatriques, dont les lacunes ont été mises en évidence cette année avec la révélation que des milliers d’enfants n’ont pas accès à des services de soins palliatifs 24 heures sur 24.
Derrière l’Ouganda et la Thaïlande
Le classement mondial révèle un paradoxe : l’Ouganda et la Thaïlande, respectivement 26e et 12e, se situent devant l’Espagne. Carlos Centeno explique que ces exemples démontrent que les soins palliatifs ne dépendent pas uniquement de la richesse d’un pays, mais aussi de la volonté politique de ses dirigeants. L’Ouganda, par exemple, s’inspire de la tradition anglo-saxonne des hospices et a réussi à produire sa propre morphine, tandis que la Thaïlande a intégré les soins palliatifs dans les soins primaires.
« Bien qu’il soit vrai que le développement des soins palliatifs va de pair avec le développement humain et économique, il existe des sociétés qui leur donnent beaucoup d’importance pour des raisons culturelles. Cela nous amène à la conclusion que les soins palliatifs ne sont pas une question de richesse, mais le meilleur moyen de traiter cette partie de la vie qui est souvent marquée par la souffrance. »
Carlos Centeno, directeur de la médecine palliative de la clinique de l’Université de Navarre
L’étude a été réalisée grâce à la contribution d’un millier de professionnels de la santé dans différents pays, et a été soumise à un processus d’évaluation rigoureux, similaire à celui des revues scientifiques. L’atlas, qui sera officiellement présenté ce jeudi, s’appuie sur des cartes régionales élaborées ces dernières années par l’Université de Navarre et constitue une référence internationale en matière de soins palliatifs. Il comble un manque d’informations concernant l’Asie, l’Amérique du Nord et les Caraïbes, qui ont été évaluées pour la première fois dans ce rapport.
La publication de cette étude coïncide avec la Journée mondiale des soins palliatifs, célébrée le 11 octobre, dont le thème de cette année est Réaliser la promesse : l’accès universel aux soins palliatifs.
