Publié le 27 décembre 2025 16:28:00. Le comté d’Allegheny va mettre en œuvre, dès le 1er janvier, une procédure controversée de soins de santé mentale forcés en ambulatoire, une première en Pennsylvanie. Cette décision, motivée par un désir d’intervenir avant que les situations ne se dégradent, suscite des inquiétudes quant au respect des droits des patients.
- Le comté d’Allegheny utilisera l’outil juridique de traitement ambulatoire assisté (TAA) pour les soins de santé mentale involontaires.
- Aucun autre comté de Pennsylvanie n’a réussi à mettre en œuvre le TAA depuis son adoption en 2018.
- Un groupe consultatif sera mis en place pour surveiller la mise en œuvre et évaluer les progrès jusqu’en 2026.
Le comté d’Allegheny franchit une étape inédite en Pennsylvanie en lançant, le 1er janvier prochain, le dispositif de traitement ambulatoire assisté (TAA). Cette mesure, qui permet d’imposer des soins de santé mentale à des personnes sans hospitalisation, a été annoncée mardi par les autorités locales dans une lettre adressée au bureau des services de santé mentale et de toxicomanie de l’État. L’objectif affiché est d’offrir une alternative aux hospitalisations d’urgence, souvent perçues comme traumatisantes et tardives.
Erin Dalton, directrice du département des services sociaux du comté, a expliqué que cette décision faisait suite à une analyse approfondie des données disponibles, ainsi qu’à des consultations avec des experts locaux et nationaux. Elle a souligné que le comté avait pris des mesures pour minimiser les risques liés à un traitement involontaire.
« Nous avons conclu que les risques de ne rien faire sont plus élevés que le risque d’essayer ceci, et je pense que nous avons mis en place un certain nombre de garanties »
Erin Dalton, directrice du département des services sociaux du comté
Les responsables du comté ont également été influencés par le constat que les critères légaux pour une hospitalisation involontaire – danger pour soi-même ou pour autrui, définis par les engagements 302 – sont souvent trop restrictifs. Une étude récente, dont les résultats ont été publiés en juillet par une équipe de chercheurs, a mis en évidence un lien entre les engagements 302 dans le comté d’Allegheny et des conséquences négatives pour les personnes concernées après leur libération, notamment des accusations criminelles et des décès par suicide ou overdose. L’étude a révélé que ces engagements pouvaient même aggraver la situation des patients.
Les autorités espèrent ainsi intervenir plus tôt, avant que les personnes ne soient confrontées à des crises sévères. Elles ne souhaitent plus « attendre et voir leurs proches décompenser de cette façon ou attendre que quelque chose de plus difficile se produise », a précisé Erin Dalton.
Pour assurer le suivi de cette nouvelle politique, le comté mettra en place un groupe consultatif qui examinera les progrès réalisés jusqu’en 2026. Ce groupe sera composé d’un ancien procureur fédéral du district ouest de Pennsylvanie, du directeur d’un programme local de surveillance judiciaire, d’un psychiatre dont l’identité n’a pas été révélée, de deux experts universitaires, d’un avocat spécialisé dans les droits des personnes handicapées et du directeur d’un important organisme de logement social du comté.
Cependant, cette initiative ne fait pas l’unanimité. Nev Jones, professeure adjointe de travail social à l’Université de Pittsburgh et l’une des plus vives critiques du plan TAA du comté, a exprimé son inquiétude face à cette décision. Elle a souligné une tendance nationale à renforcer les pratiques de soins de santé mentale forcés, exacerbée par un décret signé en juillet par l’ancien président Donald Trump, visant à institutionnaliser les personnes sans abri souffrant de troubles mentaux ou de toxicomanie.
