Publié le 27 décembre 2025 12:40:00. L’espace proche de la Terre est de plus en plus encombré par des satellites et des débris, au point où une collision en cascade pourrait paralyser nos technologies en quelques jours seulement, selon une nouvelle étude. La prolifération des constellations de satellites, notamment celles de Starlink, exacerbe ce risque.
- Le nombre de satellites actifs en orbite a triplé en moins de dix ans, atteignant environ 13 000.
- Une étude récente estime qu’une perte de contrôle des satellites pourrait entraîner une cascade de collisions en seulement 2,8 jours.
- Des experts de l’Agence spatiale européenne (ESA) nuancent ces conclusions, soulignant que les satellites sont conçus pour résister aux tempêtes solaires et que des mesures d’atténuation sont en place.
L’orbite terrestre basse est devenue un espace de plus en plus congestionné. Selon les données de l’Agence spatiale européenne (ESA), on y compte actuellement environ 13 000 satellites opérationnels, auxquels s’ajoutent 40 000 objets non contrôlés, communément appelés débris spatiaux et dont la taille dépasse souvent celle d’un Rubik’s cube. Cette situation oblige les satellites à effectuer constamment des manœuvres d’évitement pour prévenir les collisions.
Le risque principal réside dans l’effet domino qu’une collision pourrait engendrer : la fragmentation des satellites créerait des milliers de nouveaux débris, augmentant exponentiellement la probabilité d’autres impacts. Un tel scénario pourrait perturber des services essentiels tels que les communications et la géolocalisation, et, dans le pire des cas, empêcher le lancement de nouvelles fusées, nous confinant à la Terre.
Ce scénario catastrophe est connu sous le nom de syndrome de Kessler, théorisé dès les années 1970 par Donald J. Kessler, consultant de la NASA. L’envoi massif de satellites, notamment par des mégaconstellations comme Starlink d’Elon Musk, aggrave la situation, avec des milliers de nouveaux « locataires » rejoignant l’orbite chaque année. D’autres entreprises, comme Amazon, et des pays comme la Chine, prévoient également de lancer leurs propres réseaux de satellites dans un avenir proche.
Pour évaluer ce risque, Sarah Thiélé et ses collègues de l’Université de Princeton ont développé la CRASH Clock, un outil qui, à l’instar du Doomsday Clock (Horloge de l’Apocalypse) qui mesure la menace de guerre nucléaire, quantifie le risque d’une cascade de collisions. Les résultats, publiés dans un article scientifique encore en attente d’évaluation par les pairs, ont surpris les chercheurs : en cas d’incapacité des satellites à effectuer des manœuvres d’évitement, par exemple en raison d’une tempête solaire ou d’une panne de communication, le premier impact pourrait se produire en seulement 2,8 jours.
« Il existe un potentiel considérable pour que les actions en cours ou planifiées en orbite provoquent une grave dégradation de l’environnement orbital ou conduisent à des résultats catastrophiques, soulignant le besoin urgent de trouver de meilleurs moyens de quantifier le stress dans l’environnement orbital. »
Auteurs de l’étude
Ces conclusions ont suscité un débat au sein de la communauté scientifique. Benjamín Bastida Virgili, ingénieur en systèmes de débris spatiaux à l’ESA, appelle à la prudence : l’ESA propose un indice de santé de l’environnement spatial qui mesure l’évolution à long terme et propose une gestion des capacités avec des objectifs clairs.
« La situation présentée par l’étude est catastrophique. Les satellites sont construits pour pouvoir résister à des niveaux de rayonnement élevés. Mais même si l’on perd le contrôle de tous les satellites pendant quelques jours, même dans les zones les plus fréquentées, les satellites des grandes constellations sont répartis sur leurs orbites pour éviter naturellement les collisions entre eux, et cela n’est pas pris en compte dans l’article. »
Benjamín Bastida Virgili, ingénieur systèmes de débris spatiaux de l’ESA
L’étude prend en compte le nombre de satellites, mais pas leurs trajectoires, conçues pour minimiser les risques de collision. De plus, même en cas d’impact, un effet de cascade immédiat n’est pas certain. Alberto Águeda, directeur de la surveillance et de la gestion du trafic spatial de la société GMV, souligne également que les capacités de surveillance et de gestion du trafic spatial se sont considérablement améliorées au cours de la dernière décennie.
Les tempêtes solaires représentent une menace particulière. Ces éjections de masse coronale, visibles sur Terre sous forme d’aurores boréales, peuvent perturber les réseaux électriques et, surtout, endommager les systèmes électroniques des satellites, les empêchant de manœuvrer. Lors de la tempête solaire de mai 2024, plus de la moitié des satellites en orbite basse ont dû consommer du carburant pour se repositionner. En 2022, 40 des 49 satellites récemment lancés par SpaceX ont dû rentrer dans l’atmosphère et se désintégrer suite à un événement similaire.
Malgré ces préoccupations, les agences spatiales et les scientifiques travaillent déjà à des solutions pour réduire les débris spatiaux et assurer un avenir plus sûr et plus durable pour l’exploration spatiale.
