Publié le 9 octobre 2025 à 15h14. Des chercheurs ont mis au jour une méthode ingénieuse utilisée par les anciens habitants de l’île de Pâques pour déplacer les statues monumentales, les moaï, sans recourir à des techniques complexes ni à une force humaine excessive.
- Une équipe de l’Université de Binghamton a démontré que les statues pouvaient être « marchées » à l’aide de cordes et d’un minimum d’effort.
- L’étude révèle que les moaï étaient déplacés en zigzag sur des chemins spécialement aménagés.
- La forme distinctive des statues, avec une base large et une inclinaison vers l’avant, facilitait ce mouvement de bascule.
Le mystère entourant le déplacement des statues moaï de l’île de Pâques (Rapa Nui) a longtemps fasciné les archéologues. Pendant des années, différentes théories ont été avancées, allant de l’utilisation de rampes en bois à des systèmes complexes de leviers. Une nouvelle étude, menée par Carl Lipo, professeur d’anthropologie à l’Université de Binghamton, et Terry Hunt, de l’Université d’Arizona, apporte une réponse surprenante et élégante à cette énigme.
En analysant près de 1 000 statues moaï, les chercheurs ont découvert que les anciens Rapa Nui utilisaient probablement des cordes pour « faire marcher » les statues géantes en zigzag le long de sentiers soigneusement conçus. Cette méthode, qui semble simple, s’appuie sur les caractéristiques physiques des statues et les principes de la physique.
L’équipe de Lipo avait déjà prouvé, par des expériences antérieures, que ces statues massives pouvaient être déplacées par des mouvements verticaux et balancés, remettant en question l’hypothèse selon laquelle elles étaient transportées en position couchée sur des rouleaux de bois. Pour tester leur nouvelle théorie, ils ont créé une réplique de moaï pesant 4,35 tonnes (environ 4 350 kg) avec une conception inclinée vers l’avant.
Les résultats ont été probants. Avec seulement 18 personnes, l’équipe a pu déplacer la réplique sur une distance de 100 mètres en 40 minutes, une performance nettement supérieure à celle obtenue avec les méthodes de transport vertical traditionnellement envisagées.
« Une fois que la statue commence à bouger, il s’avère que ce n’est pas difficile du tout, les gens tirent simplement d’une seule main. Cette méthode permet d’économiser de l’énergie et la statue peut se déplacer assez rapidement. »
Carl Lipo, professeur d’anthropologie à l’Université de Binghamton
L’étude a également révélé que les chemins de l’île de Pâques, d’une largeur d’environ 4,5 mètres, étaient conçus pour stabiliser les statues pendant leur déplacement en zigzag. Les chemins, souvent parallèles et se chevauchant, suggèrent un processus méthodique de construction et de déplacement.
« Chaque fois qu’ils déplaçaient une statue, il semble qu’ils construisent également une route. La route fait partie du processus de déplacement. »
Carl Lipo, professeur d’anthropologie à l’Université de Binghamton
Selon Lipo, aucune autre théorie ne peut expliquer de manière aussi convaincante la manière dont les moaï ont été déplacés. Il lance même un défi à ses confrères : « Trouvez des preuves qui montrent que la statue ne peut pas marcher. Car jusqu’à présent, il n’y a pas une seule découverte qui réfute cette théorie. » Il souligne que toutes les preuves recueillies jusqu’à présent ne font que renforcer cette hypothèse.
Lipo déplore également la prolifération de théories infondées concernant l’île de Pâques et insiste sur l’importance d’une approche scientifique rigoureuse.
« Jusqu’à présent, beaucoup de gens ont créé diverses histoires qui semblent raisonnables, mais ils n’ont jamais évalué les preuves scientifiquement. En fait, nous pouvons comprendre le passé d’une manière véritablement scientifique. »
Carl Lipo, professeur d’anthropologie à l’Université de Binghamton
Cette recherche, selon Lipo, est également un hommage à l’ingéniosité du peuple Rapa Nui, qui a réussi à accomplir des prouesses techniques remarquables avec des ressources limitées. Elle témoigne de leur créativité et de leur capacité d’adaptation. L’étude, menée par l’Université de Binghamton, offre ainsi une nouvelle perspective sur l’histoire fascinante de l’île de Pâques. (Université de Binghamton/P-4)
