Publié le 17 janvier 2026 à 10h19. Le Canada et la Chine ont conclu un accord commercial permettant l’importation de 49 000 véhicules électriques à un tarif réduit, une initiative qui pourrait bouleverser le marché automobile canadien en favorisant l’accès à des modèles plus abordables.
- Le Canada autorisera l’importation de 49 000 véhicules électriques chinois avec un tarif de 6,1 %, portant le quota à 70 000 unités sur cinq ans.
- Ottawa réserve au moins la moitié de ce quota aux véhicules de moins de 35 000 $ CAD (environ 25 000 $ US), une approche opposée aux mesures européennes visant à fixer des prix planchers.
- Cet accord pourrait favoriser les constructeurs chinois comme BYD et Geely, tout en mettant la pression sur les marques établies et les modèles plus chers.
L’annonce d’un accord commercial entre le Canada et la Chine, révélée par un communiqué officiel, ouvre la voie à l’importation de 49 000 véhicules électriques (VE) chinois avec un tarif douanier réduit de 6,1 %. Ce quota atteindra 70 000 unités sur une période de cinq ans. Si le volume peut sembler modeste au regard de l’immense marché chinois, il représente une part significative du marché canadien des VE et pourrait avoir des répercussions considérables sur l’ensemble du secteur automobile.
Un élément clé de cet accord est la réservation d’au moins la moitié du quota aux véhicules électriques dont le prix ne dépasse pas 35 000 $ CAD (environ 25 000 $ US). Cette stratégie contraste fortement avec les efforts de l’Union européenne (UE) visant à imposer des prix planchers pour les VE chinois, une mesure perçue comme artificiellement gonflant les prix. Selon les analystes, cette approche incitera les entreprises chinoises à maintenir des prix compétitifs pour maximiser leurs ventes dans le cadre des quotas, plutôt que de les augmenter pour éviter les critiques des lobbies industriels traditionnels. En conséquence, la majorité des VE chinois vendus au Canada pourraient se positionner en dessous du prix de la Chevrolet Bolt, dont la production a été relancée, et du nouveau Nissan Leaf.
La Chine exige désormais que chaque modèle de véhicule, dans toutes ses versions, soit vendu au-dessus de son coût de production et de ses dépenses d’exploitation, hors frais de recherche et développement. Cette exigence vise à éviter les pratiques de dumping, c’est-à-dire la vente à perte sur les marchés étrangers. Les constructeurs chinois sont d’ailleurs capables de proposer des prix d’exportation similaires à ceux pratiqués sur le marché intérieur, comme l’a récemment démontré BYD avec son modèle Dolphin, commercialisé en Corée du Sud à partir de 14 000 $ US, soit le même prix qu’en Chine.
Cet accord pourrait donc entraîner une perturbation significative du marché des VE abordables. L’avantage accordé aux constructeurs de grande envergure, tels que BYD et Geely, pourrait se faire au détriment des marques haut de gamme et des importations de Tesla. De plus, si les consommateurs canadiens découvrent l’opportunité d’acquérir un VE chinois à un prix inférieur à celui des modèles actuellement disponibles, la demande pourrait exploser.
Les constructeurs chinois pourraient également profiter de cette ouverture pour étendre leur présence manufacturière au Canada. L’automatisation croissante de l’industrie automobile réduit l’importance des coûts de main-d’œuvre, rendant la localisation plus naturelle une fois un marché établi. En 2024, des dirigeants de BYD ont été aperçus visitant des usines Chrysler inutilisées au Canada, suggérant un intérêt pour une production locale, potentiellement sous forme de CKD (Complet Knock Down), avec une localisation accrue à mesure que les chaînes d’approvisionnement se développent.
Parallèlement, le Canada renforce ses relations commerciales avec le Brésil et explore un accord de libre-échange avec le Mercosur. BYD augmente rapidement sa capacité de production au Brésil, tout comme GWM et Chery. Les constructeurs chinois gagnent également du terrain au Mexique, représentant désormais une vente sur cinq dans ce pays. Le renforcement des liens commerciaux entre le Mexique et le Canada pourrait donc constituer un facteur supplémentaire favorisant l’importation de VE et de PHEV (véhicules hybrides rechargeables) en Amérique du Nord.
Il est également possible que ces véhicules finissent par apparaître sur le marché de l’occasion aux États-Unis. Le Canada et les États-Unis disposent d’un système d’harmonisation des normes automobiles. Un véhicule certifié pour la vente au Canada est donc généralement également approuvé pour les États-Unis. Cependant, cette harmonisation pourrait être remise en question en fonction de l’évolution des relations commerciales avec les États-Unis et des politiques de l’administration Trump, dont l’imprévisibilité est notoire.
En conclusion, cet accord représente une opportunité pour le Canada. Si les Canadiens ont accès à des véhicules électriques plus performants et plus abordables, il est probable qu’ils adoptent massivement cette technologie. Cette tendance pourrait également se propager aux États-Unis, contribuant ainsi à réduire la dépendance aux combustibles fossiles et à stimuler l’innovation dans le secteur des technologies propres.
