Publié le 27 décembre 2025 04:36:00. Miami, autrefois capitale incontestée des telenovelas latino-américaines, voit son industrie audiovispanique en mutation face à la concurrence, à la hausse des coûts et à l’absence d’incitations fiscales, malgré une demande toujours forte du public hispanophone.
- L’essor des telenovelas a débuté à Miami dans les années 1980, créant un écosystème de production florissant.
- L’unification de l’accent neutre a été cruciale pour la diffusion internationale des productions.
- La disparition des incitations fiscales en Floride a entraîné une migration de la production vers d’autres pays.
Miami a connu une transformation profonde à partir des années 1980, devenant un pôle d’attraction pour les talents et les investissements dans le secteur audiovisuel latino-américain. L’arrivée massive d’immigrants a apporté de nouvelles voix et de nouvelles opportunités, permettant l’émergence de sociétés de production telles que Venevisión International, Fonovideo et Telemundo Studios. Ces entreprises ont produit entre 7 et 10 telenovelas par an, faisant de Miami le principal centre de production de fiction en espagnol aux États-Unis.
Adriana Barraza, actrice mexicaine renommée, se souvient avec émotion de cette époque fondatrice. Elle évoque les premiers studios hispaniques de la ville, où l’industrie commençait à prendre forme. Elle se rappelle avec précision l’atmosphère de ces débuts : « On sait tous que les feuilletons ont commencé à Miami en 1988 », affirme-t-elle avec la conviction d’une témoin direct. À cette époque, elle était non seulement actrice, mais aussi formatrice et directrice d’acteurs. Elle a rapidement identifié un défi majeur : l’accent.
« L’accent devait être unifié pour l’oreille du spectateur. »
Adriana Barraza, actrice
Barraza a joué un rôle déterminant dans la normalisation de l’accent neutre, une ressource qui allait influencer toute la télévision hispanique. Ce « langage commun » permettait de vendre une telenovela produite à Miami à des pays aussi divers que le Venezuela, le Mexique ou l’Argentine. « Si le téléspectateur allumait la télévision et demandait ‘d’où ça vient ?’, il serait déjà perdu », explique-t-elle, rappelant l’importance de l’uniformité pour le succès commercial des productions.
L’attrait de Miami résidait dans son offre d’opportunités professionnelles et de stabilité financière. Beaucoup d’acteurs considéraient travailler à Miami comme un tremplin vers la reconnaissance internationale. Pablo Azar, arrivé en 2005 pour tourner Le corps du désir, résume cette perception : « Si vous faisiez un bon roman, vous gagniez un très large public. » À cette époque, les chaînes Telemundo et Univision dominaient le marché hispanique, offrant une visibilité considérable aux acteurs et aux productions.
Cependant, cette dynamique a commencé à changer ces dernières années. Trois facteurs principaux ont contribué à cette mutation : l’essor du streaming, la hausse du coût de la vie à Miami et, surtout, la suppression des incitations fiscales en Floride. Le streaming a fragmenté l’audience et favorisé des formats plus courts et plus sophistiqués, tandis que l’augmentation des prix de l’immobilier a rendu la ville moins attractive financièrement.
La décision de l’État de Floride de supprimer les incitations fiscales a porté un coup fatal à l’industrie. « C’était la faute des incitations, à 100 % », affirme Pablo Azar sans hésitation. Le Mexique et la Colombie, proposant des remboursements fiscaux allant jusqu’à 40 %, sont devenus des destinations plus compétitives. Venevisión a cessé de produire à Miami, Fonovideo a disparu et Telemundo Studios a dû externaliser une partie de ses productions.
Javier Pons, directeur des studios Telemundo et responsable des contenus de la chaîne, tente de relativiser cette situation. Il souligne que Telemundo Studios a su s’adapter en diversifiant son offre et en investissant dans de nouveaux formats. « Je ne pense pas que la telenovela ait perdu de sa force », assure-t-il. « Ce qui se passe, c’est que ça s’est diversifié. » La société produit désormais des séries courtes pour le streaming, des films et d’autres types de contenus, multipliant ainsi ses activités.
« Notre engagement est de produire ici, aux États-Unis. Notre public est là et c’est à lui que nous le devons. »
Javier Pons, directeur des studios Telemundo
Malgré les difficultés, Telemundo Studios reste la plus grande société de production de fiction en langue espagnole aux États-Unis, avec 22 studios. Cependant, même Pons reconnaît que le manque d’incitations fiscales constitue un obstacle majeur à la relance de la production à grande échelle. Les représentants du secteur, comme Alejandra Palomera, insistent sur la nécessité de politiques publiques favorables. René García, responsable de la fonction publique du comté de Miami-Dade, déplore l’absence de volonté politique de l’État de Floride pour soutenir l’industrie audiovisuelle.
Si le paysage a changé, la telenovela a trouvé une nouvelle vie grâce aux plateformes de streaming, qui ont revalorisé le genre et l’ont exporté vers de nouveaux publics. Avec plus de 62 millions d’Hispaniques aux États-Unis, le marché reste immense et fidèle. L’avenir de la production à Miami dépendra de la capacité de la ville à attirer de nouveaux investissements et à créer un environnement favorable à l’industrie. Comme dans toute bonne telenovela, le rebondissement final reste à écrire.

