L’administration américaine mène une opération militaire secrète dans les Caraïbes, ciblant des groupes dont l’identité reste confidentielle, suscitant l’inquiétude au Congrès quant à un élargissement potentiel des pouvoirs exécutifs en matière de sécurité intérieure. Des frappes aériennes contre des navires soupçonnés de trafic de droques vénézuéliens ont été menées, tandis que le Sénat s’interroge sur les critères utilisés pour désigner ces organisations comme terroristes.
La sénatrice Elissa Slotkin (Démocrate du Michigan), ancienne analyste de la CIA et secrétaire adjointe à la Défense, a révélé mercredi dernier lors d’un débat sénatorial sur les pouvoirs de guerre que l’administration se considère engagée dans un « conflit armé non international » contre une liste secrète d’« organisations terroristes désignées ». Sa demande d’obtenir cette liste auprès du ministère de la Défense est restée sans réponse.
« Si cette administration ne nous dit pas qui figure sur sa liste secrète de groupes terroristes désignés pour les groupes des Caraïbes, elle ne nous dira certainement pas qui figure sur sa liste d’organisations terroristes nationales », a déclaré Slotkin devant le Sénat. Elle craint que l’administration Trump ne cherche à justifier l’utilisation de l’armée américaine sur le territoire national, notamment en cas de troubles civils.
Selon Slotkin, un décret du 22 septembre 2020, visant à désigner Antifa comme organisation terroriste nationale, ouvre la voie à la création de listes secrètes de « groupes terroristes » aux États-Unis, permettant aux forces de l’ordre et aux services de renseignement d’intensifier leurs efforts sans transparence. Elle souligne que la définition du « terrorisme intérieur » dans ce décret est formulée de manière excessivement large, pouvant inclure des groupes exprimant des opinions divergentes sur des questions sociales ou religieuses.
Un mémorandum présidentiel ultérieur, daté du 25 septembre 2020 (NSPM-7), précise les instructions aux agences gouvernementales concernant la lutte contre le « terrorisme intérieur et la violence politique organisée ». Ce document cite des motifs tels que « l’anti-américanisme, l’anticapitalisme et l’antichristianisme », ainsi que l’opposition aux valeurs traditionnelles en matière de famille, de religion et de moralité, comme des éléments pouvant caractériser des activités terroristes.
Le sénateur Adam Schiff (Démocrate de Californie) a souligné la distinction fondamentale entre les motivations des trafiquants de drogue, qui visent un enrichissement financier, et celles des terroristes, qui cherchent à semer la peur pour atteindre des objectifs politiques ou idéologiques. Il a également mis en garde contre l’utilisation de l’étiquette de « terroriste » pour diffamer des militants sociaux, des opposants politiques ou des journalistes, une pratique courante dans certains pays comme l’Iran, la Russie, l’Égypte et l’Arabie Saoudite.
Le sénateur Tim Kaine (Démocrate de Virginie) a critiqué le manque de transparence de l’administration, estimant que si une action militaire dans les Caraïbes ou contre des pays d’Amérique latine est jugée nécessaire, elle devrait être débattue et approuvée publiquement par le Congrès. Le sénateur Jack Reed (Indépendant du Rhode Island) a quant à lui exprimé son scepticisme quant à l’efficacité des frappes aériennes pour résoudre la crise du trafic de drogue, soulignant le risque de déstabilisation régionale et d’escalade du conflit.
L’administration Trump entretient une hostilité marquée envers le président vénézuélien Nicolás Maduro depuis 2018, ayant même tenté, sans succès, de le renverser en 2019 en soutenant l’opposition menée par Juan Guaidó. Les activités menées dans les Caraïbes sont perçues comme une extension de cette politique, mais suscitent des inquiétudes quant à la possibilité d’une utilisation excessive de la force et à un contournement des procédures démocratiques.
