Publié le 12 décembre 2024 à 18h20. Le gouvernement irlandais prévoit de limiter l’application d’une loi visant à interdire les produits en provenance des territoires palestiniens occupés aux seules marchandises, suscitant des critiques et des inquiétudes quant à son efficacité réelle face aux pressions américaines et israéliennes.
- Le projet de loi sur les territoires occupés ne s’appliquera qu’aux biens importés, excluant les services.
- Le Taoiseach (Premier ministre) Michel Martin invoque des considérations économiques et la législation américaine anti-boycott pour justifier cette limitation.
- La sénatrice Frances Black, à l’origine du projet de loi, entend faire pression pour l’inclusion des services.
Dublin s’apprête à adopter une législation controversée visant à restreindre le commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Cependant, selon des déclarations récentes de responsables gouvernementaux, la portée de cette loi sera considérablement réduite, se limitant aux importations de marchandises. Cette décision, qui intervient après des mois de débats et de pressions diplomatiques, a suscité des réactions mitigées en Irlande et à l’étranger.
Le Taoiseach Michel Martin a défendu cette approche restrictive, expliquant que l’extension de l’interdiction aux services aurait des conséquences négatives disproportionnées pour l’économie irlandaise. Il a notamment mis en avant l’existence d’une législation anti-boycott aux États-Unis, conçue pour protéger Israël, qui pourrait pénaliser des entreprises irlandaises non impliquées dans les activités concernées.
« Je pense que nous avons le devoir de dire aux gens : vous savez qu’il y a des implications et des conséquences indépendantes de notre volonté. Il y a la législation anti-boycott et désinvestissement dans de nombreux États des États-Unis. Cela mettrait sous pression nombre d’entreprises qui ne sont pas du tout impliquées. »
Michel Martin, Taoiseach
Le ministre d’État chargé des Affaires européennes et de la Défense, Thomas Byrne, a confirmé que le projet de loi se concentrerait sur l’importation de marchandises en provenance des territoires occupés, pour une valeur estimée à 200 000 euros par an, principalement des fruits. Il a également précisé que l’entrée en vigueur de la loi n’était pas prévue avant la fin de l’année.
« Il s’agit d’une mesure extrêmement limitée, qui interdirait les importations de marchandises en provenance de territoires illégalement occupés. Des mesures similaires ont déjà été mises en place dans un certain nombre de pays européens. »
Thomas Byrne, ministre d’État chargé des Affaires européennes et de la Défense
Cette limitation a déçu les partisans d’une approche plus stricte, notamment la sénatrice Frances Black, qui a présenté le projet de loi initial. Elle a annoncé son intention de continuer à faire pression pour l’inclusion des services dans le texte. Le ministre des Transports, Darragh O’Brien, a indiqué que la ministre des Affaires étrangères, Helen McEntee, devrait présenter une mise à jour sur la question au gouvernement, possiblement dès mardi prochain.
La décision du gouvernement irlandais intervient dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes avec Israël. En décembre dernier, Israël a fermé son ambassade à Dublin en réaction aux critiques irlandaises concernant la guerre à Gaza et la reconnaissance par Dublin d’un État palestinien. Récemment, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a accusé le gouvernement irlandais d’antisémitisme, notamment en raison de la proposition de renommer un parc portant le nom de l’ancien président israélien Chaim Herzog. M. Byrne a fermement rejeté ces accusations, soulignant la contribution positive de la communauté juive à la société irlandaise.
Par ailleurs, des manifestants pro-palestiniens ont perturbé un discours public du gouverneur de la Banque centrale, Gabriel Makhlouf, mercredi dernier, en raison du rôle antérieur de l’institution dans la vente d’obligations israéliennes. L’eurodéputé Barry Andrews a quant à lui appelé Dublin à persévérer dans son projet de loi, estimant que les accusations d’antisémitisme sont infondées et que l’Irlande n’a rien à craindre.
« L’Irlande n’a rien à craindre. Nous ne sommes plus les seuls à faire cela. »
Barry Andrews, eurodéputé
