Publié le 28 octobre 2025 02:43:00. Des chercheurs de Kao ont identifié un mécanisme neuronal impliqué dans la sensibilité cutanée, ouvrant la voie à de nouvelles approches pour apaiser les irritations et améliorer la qualité de vie des personnes concernées.
- Une étude révèle que les nerfs des peaux sensibles s’étendent plus profondément dans la couche externe de l’épiderme.
- Ce phénomène serait lié à un affaiblissement des « jonctions serrées » entre les cellules cutanées.
- Une petite molécule, l’acide γ-amino-β-hydroxybutyrique, a démontré sa capacité à renforcer ces jonctions et à réduire l’hypersensibilité.
La peau sensible, un problème dermatologique courant, se manifeste par des réactions douloureuses, des démangeaisons, des picotements ou des brûlures en réponse à des stimuli normalement bien tolérés. Si l’on sait depuis longtemps qu’une barrière cutanée compromise peut augmenter la vulnérabilité de la peau, les mécanismes neuronaux sous-jacents à cette sensibilité restaient mal compris. Des chercheurs de Kao, en collaboration avec le professeur Kenji Kabashima de la faculté de médecine de l’université de Kyoto, ont entrepris d’explorer plus en profondeur cette question, en se concentrant non seulement sur les lipides cutanés, mais aussi sur la position et le comportement des fibres nerveuses.
Leurs travaux, présentés lors de la 50e Convention de la Société japonaise des sciences cosmétiques à Tokyo en juillet dernier et récompensés par le Prix du Président de la Convention, ont révélé une différence significative entre les peaux sensibles et les peaux non sensibles. L’analyse microscopique de la peau de six femmes japonaises, âgées de 20 à 50 ans, a montré que les peaux sensibles présentaient une densité plus élevée de fibres nerveuses s’étendant dans la couche cornée, la couche la plus externe de l’épiderme. Ces fibres nerveuses traversaient la frontière formée par les jonctions serrées, des structures microscopiques qui maintiennent les cellules cutanées étroitement liées.
Ces jonctions serrées, situées dans la couche granulaire de l’épiderme, jouent un rôle crucial dans le maintien de l’intégrité de la barrière cutanée, empêchant la pénétration de substances étrangères et la perte d’eau. Elles agissent également comme une barrière physique qui confine les terminaisons nerveuses aux couches plus profondes de la peau. L’équipe de Kao explique que lorsque ces jonctions s’affaiblissent, les fibres nerveuses peuvent s’étendre plus près de la surface de la peau, où elles sont plus facilement activées par des stimuli légers, ce qui pourrait expliquer la sensibilité accrue ressentie par les personnes concernées.
Pour comprendre les raisons de cet affaiblissement des jonctions serrées, les chercheurs ont étudié l’expression des gènes dans les échantillons de peau. Ils ont constaté que la claudine-3, une protéine structurelle essentielle à la formation des jonctions serrées, était exprimée à des niveaux significativement plus faibles dans les peaux sensibles. Des expériences en laboratoire ont confirmé l’importance de cette protéine : la réduction de l’activité de la claudine-3 dans des cellules cutanées humaines cultivées en laboratoire entraînait une diminution de la résistance de la barrière cutanée, mesurée par la résistance électrique transépithéliale (TEER). Ces résultats suggèrent que la diminution de l’expression de la claudine-3 affaiblit les jonctions serrées, permettant aux fibres nerveuses de s’étendre plus profondément dans la couche externe de la peau.
Sur la base de ces découvertes, Kao a exploré divers ingrédients cosmétiques à la recherche de composés capables de stimuler la production de claudine-3 et de renforcer la barrière des jonctions serrées. L’acide γ-amino-β-hydroxybutyrique, un dérivé d’acide aminé, s’est avéré particulièrement prometteur. Des tests en laboratoire ont montré que cet ingrédient augmentait significativement les niveaux de claudine-3 dans les cellules cutanées humaines cultivées, de manière proportionnelle à la dose utilisée. Il améliorait également les valeurs TEER, indiquant des jonctions plus serrées et plus efficaces.
Encouragés par ces résultats, les chercheurs de Kao ont incorporé cette molécule dans une formulation prototype de soin de la peau et ont mené un essai clinique sur l’homme. Quarante femmes âgées de 20 à 40 ans, déclarant avoir la peau sensible et présentant des scores élevés aux tests de sensibilité aux irritations, ont participé à l’étude. À l’aide d’un neuromètre, les chercheurs ont mesuré le seuil de perception actuel (CPT) de chaque participante, un test électrique permettant d’évaluer la facilité avec laquelle les terminaisons nerveuses sont activées. Les participantes présentant des valeurs CPT faibles (indiquant une sensibilité plus élevée) ont été réparties aléatoirement dans deux groupes : un groupe a utilisé la formule contenant l’acide γ-amino-β-hydroxybutyrique pendant huit semaines, tandis que l’autre a utilisé une crème placebo.
À l’issue de l’étude, le groupe ayant utilisé la formule active a montré une augmentation significative de son CPT, ce qui indique que leurs nerfs étaient devenus moins réactifs. De plus, les questionnaires ont révélé qu’un plus grand nombre de participantes du groupe actif ont signalé une réduction notable des sensations de picotements et de brûlure par rapport au groupe placebo. Kao interprète ces résultats comme une preuve que le renforcement des jonctions serrées peut « cloisonner » les fibres nerveuses, réduisant ainsi l’hypersensibilité et l’inconfort au quotidien.
Kao considère ces résultats comme une avancée scientifique et technologique majeure, car l’étude apporte une explication moléculaire aux sensations de picotements et de brûlure souvent décrites par les consommateurs à la peau sensible, des sensations qui peuvent affecter leur confiance et leur qualité de vie. En identifiant l’acide γ-amino-β-hydroxybutyrique comme un composé capable de soutenir l’intégrité des jonctions serrées, la société a créé un pont entre la recherche biologique fondamentale et les applications potentielles dans le domaine des produits cosmétiques. Kao prévoit de poursuivre ses recherches sur la relation entre la structure de la peau, la fonction nerveuse et la réponse sensorielle, et d’appliquer ces connaissances au développement de technologies de soins de la peau qui renforcent la barrière cutanée, réduisent les irritations et améliorent le confort général des personnes à la peau sensible.
