Publié le 2024-02-29 10:30:00. Des investissements massifs dans les infrastructures sont prévus à l’échelle mondiale, mais le risque de corruption et de mauvaise gestion menace de compromettre des milliards de dollars, selon Transparency International Australie. Un nouvel outil vise à renforcer la transparence et la responsabilité dès la phase de planification des projets.
- D’ici 2030, la production mondiale de construction devrait atteindre 17 500 milliards de dollars américains par an.
- Jusqu’à 6 000 milliards de dollars américains pourraient être perdus chaque année à cause de la corruption, de la mauvaise gestion et de l’inefficacité dans le secteur des infrastructures.
- Transparency International Australie a développé un outil d’évaluation des risques de corruption dans les infrastructures (ICRAT) pour aider la société civile à s’engager plus tôt dans le processus de planification.
Le développement des infrastructures est essentiel pour connecter les populations, favoriser l’accès à l’éducation et renforcer la résilience face aux changements climatiques. Cependant, l’ampleur croissante des investissements mondiaux dans ce secteur, estimée à 17 500 milliards de dollars américains par an d’ici 2030, s’accompagne d’un risque accru de mauvaise gouvernance.
L’Australie est déjà activement impliquée dans le financement de projets d’infrastructures, notamment dans la région du Pacifique, avec un engagement de 4 milliards de dollars australiens via le Mécanisme australien de financement des infrastructures pour le Pacifique. Des initiatives comme les Partenariats communautaires Îles Salomon-Australie témoignent d’une approche diversifiée, allant de projets régionaux à grande échelle à des initiatives locales plus modestes. Le gouvernement australien soutient également le Partenariat indonésien pour les infrastructures climatiques (KINETIK), axé sur le développement d’infrastructures durables.
Pourtant, l’expérience récente met en garde contre les dérives potentielles. En Australie, le projet Grande construction dans l’État de Victoria et les préparatifs pour les Jeux olympiques de 2032 à Brisbane sont confrontés à des dépassements de coûts importants et à des procédures d’approbation accélérées, mettant en péril des fonds publics considérables. L’annulation du projet de Liaison Est-Ouest à Melbourne, après avoir englouti plus d’un milliard de dollars australiens, illustre les conséquences d’une planification déficiente.
Ces problèmes ne sont pas limités à l’Australie. Des projets à l’étranger, tels que le train à grande vitesse Jakarta-Bandung en Indonésie, l’ aéroport de Mattala Rajapaksa au Sri Lanka et le chemin de fer à voie standard Mombasa-Nairobi au Kenya, démontrent comment un manque de surveillance peut transformer des investissements prometteurs en échecs coûteux.
Selon Transparency International Australie, la corruption, la mauvaise gestion et l’inefficacité pourraient entraîner la perte de jusqu’à 6 000 milliards de dollars américains par an d’ici 2030. L’expérience acquise dans le Pacifique souligne que les risques de corruption peuvent survenir dès la phase de sélection des projets, même lorsque des plans nationaux sont en place. Un manque de gouvernance à ce stade peut avoir des conséquences en cascade tout au long du cycle de vie d’un projet, conduisant à des investissements malavisés et à une mauvaise prestation des services essentiels.
La transition énergétique, avec ses besoins urgents en énergies renouvelables, en infrastructures de stockage et en réseaux électriques résilients, est particulièrement vulnérable. Accélérer les projets sans consultation adéquate, sous-estimer les impacts sociaux et environnementaux ou verrouiller des technologies inefficaces risquent de reproduire les erreurs du passé.
Pour contrer ces risques, Transparency International Australie a développé l’outil d’évaluation des risques de corruption dans les infrastructures (ICRAT) en 2021. S’inspirant de son outil précédent, MACRA, utilisé pour évaluer la corruption dans les licences minières, l’ICRAT permet à la société civile d’évaluer les cadres politiques, de planification et budgétaires, d’identifier les signaux d’alerte et de formuler des recommandations ciblées.
L’ICRAT a été testé avec succès en Indonésie et aux Îles Salomon en 2023, démontrant la capacité de la société civile à examiner de manière critique le processus de sélection des projets. Les résultats de ces évaluations ont déjà conduit à des discussions avec les autorités concernées et à des demandes de transparence accrue.
L’ICRAT est désormais étendu à quatre nouveaux pays d’Afrique et d’Asie, où des coalitions de la société civile évalueront les politiques nationales et analyseront des projets spécifiques. Cependant, les outils ne suffisent pas. Il est essentiel de renforcer la crédibilité de la société civile, de sensibiliser le public et de construire des alliances avec les médias, le monde universitaire et les associations professionnelles.
L’engagement des donateurs et la collaboration avec les initiatives gouvernementales existantes, telles que l’ initiative “Nettoyer le Sri Lanka” et l’ Initiative de partenariat pour un gouvernement ouvert en Indonésie, peuvent également servir de catalyseurs pour la réforme.
Pour l’Australie et ses partenaires, le message est clair : l’intégrité doit être au cœur de la planification des infrastructures. La société civile doit être associée à la prise de décision dès le début, et pas seulement après l’apparition des problèmes. Un examen minutieux et une gouvernance transparente sont essentiels pour garantir que les investissements dans les infrastructures profitent réellement aux communautés qu’ils sont censés servir.




