Publié le 22 novembre 2025 à 18:21. Un avocat ontarien de renom est accusé d’avoir collaboré avec un puissant cartel de la drogue, allant jusqu’à suggérer l’élimination d’un témoin pour protéger ses clients, notamment l’ancien snowboardeur olympique Ryan Wedding.
- Deepak Paradkar, un avocat pénaliste basé à Brampton, est accusé de complot de meurtre, de trafic de drogue et de subornation de témoin.
- L’enquête, menée conjointement par les autorités canadiennes et américaines, révèle que M. Paradkar aurait conseillé au cartel sur la manière de faire taire des témoins et d’effacer des preuves.
- Ryan Wedding, ancien athlète olympique, est présenté comme le chef présumé de ce réseau criminel international.
Les détails de cette affaire, révélés par des documents judiciaires canadiens et américains, jettent une lumière crue sur les méthodes employées par un réseau de trafic de drogue transfrontalier. En octobre 2024, la police de l’Arkansas avait intercepté 521 kilogrammes de cocaïne (plus de 1 145 livres) destinés au Canada. Suite à cette saisie, des membres du cartel ont rapidement envisagé d’éliminer toute personne susceptible de collaborer avec les enquêteurs, selon des archives judiciaires.
C’est dans ce contexte qu’intervient, selon les autorités, Deepak Paradkar. L’avocat aurait participé à une discussion de groupe avec les dirigeants du cartel, leur prodiguant des instructions précises : « Effacez cette conversation », aurait-il déclaré, avant de leur recommander de créer un nouveau groupe de discussion dédié exclusivement aux questions juridiques.
Les accusations portées contre M. Paradkar découlent d’éléments de preuve provenant d’un témoin coopérant avec le FBI et des données extraites du téléphone d’Andrew Clark, un associé présumé de Ryan Wedding. Ce téléphone, saisi par les autorités mexicaines et remis au FBI en mars 2025, contenait une conversation de groupe intitulée « 911 Arkansa », dans laquelle M. Clark mentionnait que M. Paradkar allait « régler le problème » suite à la saisie de drogue.
Selon les documents judiciaires, M. Paradkar aurait ensuite enquêté sur l’identité des chauffeurs impliqués dans le transport de la cocaïne, les localisant dans une petite ville près de Little Rock. Cependant, M. Clark et M. Wedding craignaient qu’un des chauffeurs ne coopère déjà avec les autorités et qu’il ne représente une menace pour l’ensemble du réseau.
L’avocat de 62 ans est accusé d’avoir perçu d’importantes sommes d’argent et des cadeaux de luxe, notamment des montres coûteuses, en échange de ses services. Il aurait également été chargé de sonder d’autres avocats au Canada et aux États-Unis afin de déterminer si leurs clients étaient susceptibles de témoigner contre le cartel.
M. Paradkar est l’un des sept Canadiens inculpés cette semaine dans cette affaire. Parmi eux figurent un bijoutier torontois et un ancien joueur de hockey junior de Calgary. Tous risquent d’être extradés vers les États-Unis, où ils pourraient être condamnés à la prison à vie en cas de condamnation. Ryan Wedding, quant à lui, est en fuite depuis 2015.
Ravin Pillay, l’avocat torontois représentant M. Paradkar, a déclaré vendredi qu’il ne pouvait faire aucun commentaire sur l’affaire. L’avocat doit comparaître à nouveau devant le tribunal mercredi.
L’une des allégations les plus troublantes concerne le meurtre de Jonathan Acebedo-Garcia, un témoin clé qui aurait été exécuté dans un restaurant colombien en janvier 2025, après que le FBI ait révélé que M. Wedding avait mis sa tête à prix. Selon les enquêteurs, M. Paradkar aurait informé M. Wedding et M. Clark que l’élimination de M. Acebedo-Garcia pourrait compromettre le dossier du FBI et les aider à éviter l’extradition du Mexique.
Les documents judiciaires suggèrent que M. Paradkar a reçu un téléphone contenant des informations indiquant que M. Acebedo-Garcia prévoyait de témoigner contre le cartel. Ce téléphone lui aurait été remis par Atna Ohna, également arrêté dans le cadre de cette enquête.
M. Ohna est accusé d’avoir transmis le téléphone à l’organisation de M. Wedding, après avoir confirmé par SMS à M. Acebedo-Garcia qu’il travaillait avec le FBI quelques semaines avant son assassinat.
Les autorités affirment également que M. Paradkar a eu une conversation via une application de messagerie cryptée avec M. Wedding et un autre individu, qui est devenu plus tard un informateur. Lors de cette conversation, en octobre 2024, M. Paradkar aurait affirmé que l’élimination de M. Acebedo-Garcia entraînerait très probablement le rejet de l’acte d’accusation.
Un expert juridique américain souligne que cette affaire met en évidence les limites du secret professionnel de l’avocat, un principe fondamental du système judiciaire. Si ce secret protège les conseils juridiques confidentiels fournis aux clients, il ne s’étend pas aux discussions portant sur la planification de nouveaux crimes, ni aux communications impliquant plusieurs parties.
« Vous voulez protéger la capacité des gens à parler à un avocat de la façon dont ils devraient gérer leur situation juridique afin de garantir qu’ils bénéficient d’un conseil adéquat »,
David Sklansky, professeur de droit à l’Université de Stanford et ancien procureur fédéral
Le FBI et d’autres organismes chargés de l’application des lois disposent de procédures internes exigeant une autorisation spéciale lorsqu’un avocat est mentionné dans des écoutes téléphoniques ou d’autres communications interceptées. Des équipes spécialisées sont parfois mises en place pour examiner les preuves et déterminer si elles sont protégées par le secret professionnel avant de les transmettre aux enquêteurs.
Au Canada, la loi prévoit également une exception au secret professionnel en matière de communication criminelle. Si une communication vise à faciliter un crime, elle perd la protection normalement accordée aux discussions confidentielles entre un avocat et son client.
« Si je dis : ‘Oh, pourriez-vous m’aider à blanchir de l’argent ?’ Et l’avocat dit : « Bien sûr, voici comment cela fonctionne », alors le privilège ne s’attache pas à ce genre de chose »,
Alain Roussy, professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa
Avec un reportage de Mariya Postelnyak
