Publié le 2024-05-03 14:35:00. Alors que la violence juvénile tend à diminuer globalement aux Pays-Bas, un phénomène inquiétant émerge : une augmentation significative des actes de violence impliquant des jeunes filles, souvent amplifiés par les réseaux sociaux.
- En 2024, 740 filles âgées de 12 à 18 ans ont été impliquées dans des crimes violents, en hausse par rapport aux 640 enregistrées l’année précédente et aux 560 de 2020.
- Ces violences prennent souvent la forme d’agressions en groupe, fréquemment filmées et diffusées en ligne, exacerbant les conflits et rendant l’intervention plus difficile.
- La peur d’être perçue comme une délatrice dissuade les victimes de signaler les incidents, compliquant ainsi le travail des autorités et des éducateurs.
La violence chez les jeunes filles est en augmentation aux Pays-Bas, une tendance qui contraste avec la diminution globale de la délinquance juvénile. Selon les chiffres publiés par CBS (Centraal Bureau voor de Statistiek), 740 filles âgées de 12 à 18 ans ont été impliquées dans des crimes violents en 2024, contre 640 en 2023 et 560 en 2020. Cette progression suscite l’inquiétude des professionnels de la prévention et de l’éducation.
Selon le criminologue Mehlbaum, ces actes de violence prennent souvent la forme d’agressions collectives où des filles s’attaquent à d’autres filles. Bien que des garçons puissent également être victimes, la majorité des violences se déroule au sein de groupes exclusivement féminins. Un aspect particulièrement préoccupant est la multiplication des enregistrements vidéo de ces agressions, qui sont ensuite diffusées sur les réseaux sociaux.
« On voit des filles allongées par terre et recevoir des coups de pied à la tête, tandis que les passants applaudissent et filment. »
Mehlbaum, criminologue
Cette diffusion en ligne contribue à prolonger les conflits et à les intensifier. La violence est souvent liée à une quête de statut social. Les filles, à l’instar de certains garçons, cherchent à affirmer leur domination et à dissuader les autres de les défier.
Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette dynamique. Les disputes qui débutent en ligne ont tendance à se transformer en confrontations physiques.
« Les garçons résolvent parfois les conflits plus rapidement, mais avec les filles, cela dure plus longtemps et devient souvent plus violent. Cela rend plus difficile l’intervention des écoles, des animateurs de jeunesse et de la police. »
Mehlbaum, criminologue
Les motifs déclencheurs de ces agressions sont souvent banals : un regard jugé inapproprié, un contact avec un ami, un objet prêté non restitué. Pourtant, ces incidents mineurs peuvent rapidement dégénérer en violences physiques.
Un obstacle majeur à la prévention réside dans la peur des victimes de dénoncer les agressions. Elles craignent d’être perçues comme des « mouchardes » et redoutent les représailles.
À Arnhem, des éducateurs de jeunesse tentent de sensibiliser les jeunes filles aux risques de la violence et de les aider à développer des stratégies pour éviter de s’y impliquer. Isa van Koningsveld, éducatrice de jeunesse, témoigne :
« Je le remarque tous les jours. Non seulement dans les incidents violents, mais aussi dans la façon dont les filles parlent des conflits. Elles disent rapidement : alors nous allons le résoudre. »
Isa van Koningsveld, éducatrice de jeunesse
Elle s’inquiète particulièrement de l’âge des jeunes filles concernées, entre 12 et 18 ans, une période cruciale pour la construction de l’identité et la recherche de sa place au sein du groupe. La pression des pairs, qu’elle émane de garçons ou de filles, peut inciter à la violence.
Les conséquences de ces actes de violence sont souvent sous-estimées par les jeunes. Au-delà des blessures physiques, la diffusion des vidéos sur internet peut avoir des répercussions durables sur leur réputation et leur avenir.
« Ce qui leur donne un statut aujourd’hui peut revenir les hanter plus tard. »
Isa van Koningsveld, éducatrice de jeunesse
Les éducateurs de jeunesse surveillent attentivement les différents environnements de vie des jeunes : domicile, école, rue et réseaux sociaux. Ils interviennent dès qu’ils détectent des signes de trouble, avant que la situation ne devienne incontrôlable. Les parents ont également un rôle essentiel à jouer en encourageant le dialogue et en créant un climat de confiance où les enfants se sentent libres de parler de leurs problèmes.
