Publié le 9 janvier 2026 à 18h05. Cuba entre dans une année 2026 marquée par une crise électrique aiguë, exacerbée par une situation politique et militaire inédite au Venezuela, son principal fournisseur de pétrole, et par des réserves de carburant au plus bas.
- Cuba fait face à un déficit de production électrique record, avec des impacts prévus aux heures de pointe de 1 800 à 1 830 MW.
- La crise vénézuélienne, marquée par des tensions militaires et un blocus naval, perturbe l’approvisionnement en pétrole vital pour l’île.
- Les réserves de carburant cubaines sont à un niveau historiquement bas, équivalant à seulement quatre jours de consommation.
L’année 2026 s’annonce particulièrement difficile pour l’approvisionnement en électricité à Cuba. Le système électrique national est confronté à l’une de ses pires crises, coïncidant avec une période de grande instabilité au Venezuela, son partenaire pétrolier de longue date. La combinaison d’une production interne insuffisante, de réserves de carburant en chute libre et des restrictions sur les livraisons de pétrole vénézuélien rend inévitable une augmentation des coupures de courant à travers l’île.
L’Union électrique (UNE) cubaine prévoit déjà des impacts significatifs aux heures de pointe pour les premiers jours de janvier, atteignant 1 800 à 1 830 MW, ce qui représente une part importante de la demande maximale du pays. Les autorités reconnaissent que les interruptions ne se limitent plus aux heures nocturnes, mais s’étendent désormais sur la quasi-totalité de la journée dans de nombreuses régions.
Cette situation est le résultat de deux facteurs principaux : l’indisponibilité chronique des centrales thermoélectriques vieillissantes, dont plusieurs unités sont hors service en raison de pannes et d’un manque de maintenance, et la dépendance croissante à la production décentralisée (groupes diesel et fioul), qui nécessite un approvisionnement en carburant constant. Lorsque ces deux éléments faiblissent simultanément, le résultat est le scénario que Cuba connaît actuellement : des coupures de courant prolongées, une capacité limitée de rotation des circuits et une irritation croissante de la population.
Au moment où Cuba entre dans cette période critique, le Venezuela est secoué par une crise sans précédent. Des attaques militaires, la capture de Nicolás Maduro et un renforcement du blocus naval sur le pétrole vénézuélien ont placé une grande partie des flux de pétrole brut, autrefois utilisés comme outil géopolitique par le chavisme, sous le contrôle de Washington et des grandes compagnies pétrolières. Cela inclut les accords préférentiels avec La Havane.
Pendant des années, le pétrole vénézuélien – atteignant plus de 90 000 barils par jour à son apogée – a été réduit à environ 11 000 à 27 000 barils par jour à destination de Cuba en 2025, selon les estimations des sociétés de surveillance maritime. Malgré ce volume réduit, il restait essentiel pour alimenter les centrales électriques et le transport sur l’île. Sa perte ou son interruption soudaine se traduit immédiatement par des coupures de courant, des files d’attente pour le carburant et une paralysie de la production.
Le nouveau conflit a mis une pression accrue sur tout navire lié au pétrole brut vénézuélien, avec des interceptions, des abordages et des saisies devenus monnaie courante dans les Caraïbes et dans l’Atlantique. Les États-Unis surveillent de près la « flotte fantôme », ces pétroliers battant pavillon de complaisance, avec leurs transpondeurs éteints et leurs pratiques opaques, qui ont acheminé pendant des années du pétrole sanctionné vers des marchés tels que la Chine, l’Inde… et, indirectement, vers Cuba.
Dans ce contexte, toute tentative d’acheminer du pétrole brut vénézuélien vers les ports cubains est devenue extrêmement risquée : les navires peuvent être poursuivis pendant des semaines et finissent souvent saisis et remorqués vers des ports contrôlés par les États-Unis. Parallèlement, les pétroliers ayant déjà quitté le Venezuela ont choisi de modifier leur route vers les États-Unis, où le nouveau contexte privilégie l’expédition de pétrole brut vers les raffineries nord-américaines, au détriment des alliés politiques traditionnels du chavisme.
En conséquence directe, Cuba affronte début 2026 des stocks de carburant à des niveaux historiquement bas. Les calculs d’analystes indépendants estiment les réserves à environ 360 000 barils, soit l’équivalent de quatre jours de consommation. Ce chiffre impose un rationnement du diesel et de l’essence, une réduction supplémentaire des transports et une priorisation de certains secteurs, laissant le reste du pays exposé à des coupures de courant plus longues et plus fréquentes.
Le Mexique est devenu la principale « bouée de sauvetage » de La Havane, envoyant des pétroliers comme l’Ocean Mariner avec des expéditions d’environ 80 000 barils (environ 14 millions de litres) qui ne permettent d’acheter que quelques jours de répit. Cependant, la presse mexicaine et cubaine reconnaissent que ces expéditions ne représentent pas une augmentation durable de l’offre par rapport aux années précédentes et ne compensent pas le flux régulier provenant du Venezuela.
Sur le terrain, la situation se traduit par un système électrique fonctionnant en mode survie, avec un déficit supérieur à 1 600-1 800 MW et une part importante de la capacité thermique à l’arrêt, faute de combustible ou en raison de pannes. Les centrales thermoélectriques vieillissantes, la production décentralisée entravée par le manque de diesel et l’intermittence des sources renouvelables laissent l’UNE sans outils efficaces pour éviter des pannes massives.
L’entreprise publique reconnaît que les impacts quotidiens resteront élevés, tandis que les médias indépendants soulignent que le système commence 2026 « dans des conditions pires » que l’année précédente, tant en raison de l’indisponibilité technique que du manque de carburant. L’économie, déjà plongée dans une profonde récession, en subit les conséquences directes : industries paralysées, pertes de produits alimentaires réfrigérés, détérioration des services de base et population épuisée par des années de restrictions.
Tous les indicateurs convergent : les coupures d’électricité vont s’intensifier. La crise vénézuélienne réduit, voire interrompt, une source essentielle de pétrole pour Cuba à un moment de grande fragilité interne. De plus, il n’existe pas de substitut équivalent à court terme : ni le Mexique ni la Russie ne sont en mesure de remplacer le rôle de PDVSA, et La Havane ne dispose pas des devises étrangères nécessaires pour effectuer des achats importants sur le marché libre.
Dans ce nouvel environnement géopolitique, la production électrique cubaine est soumise à une double crise : celle qui émane de Caracas, avec un chavisme en transition sous supervision et un pétrole de plus en plus contrôlé par Washington, et celle qui se prépare sur l’île, avec des décennies de retard technologique, de mauvaise gestion et une dépendance absolue aux importations de carburant. Tant que cette équation ne changera pas structurellement, la « normalité » à Cuba sera synonyme de coupures de courant longues, fréquentes et, très probablement, croissantes.
