Publié le 26 octobre 2023 18:15:00. La confiance envers les calendriers de vaccination infantiles est remise en question aux États-Unis, alors que les autorités sanitaires examinent les systèmes de surveillance de la sécurité des vaccins et envisagent une possible révision des recommandations.
- Les États-Unis ont enregistré plus de 1 900 cas de rougeole cette année, le nombre le plus élevé depuis 1992.
- Le programme américain de vaccination des enfants est basé sur des décennies de recherche et est conçu pour protéger les enfants au moment où ils sont le plus vulnérables.
- L’hésitation vaccinale, alimentée par la désinformation en ligne, est en augmentation et a des conséquences sur la santé publique.
Washington a été le théâtre lundi d’une réunion d’un comité consultatif fédéral chargé d’évaluer la manière dont les États-Unis assurent la sécurité des vaccins. Cette discussion a fait écho aux interrogations de nombreux parents, rencontrées dans les cabinets de pédiatrie et à travers le pays, notamment en Caroline du Nord : quel niveau de confiance accorder aux calendriers de vaccination et qui décide quand cette confiance est mise à l’épreuve ?
Organisée par le ministère américain de la Santé et des Services sociaux, la réunion s’est concentrée sur les systèmes de surveillance de la sécurité vaccinale, dont V-safe, un programme volontaire permettant aux participants de signaler leurs réactions après avoir reçu certains vaccins. Les responsables fédéraux ont souligné que V-safe n’est qu’un outil parmi d’autres, utilisé en complément de systèmes de surveillance plus formels, pour suivre les effets secondaires et identifier d’éventuels signaux d’alerte.
Cet examen intervient alors que la politique vaccinale est de nouveau au centre des débats à l’échelle nationale. Les autorités fédérales envisagent même de revoir les recommandations de longue date en matière de vaccination infantile. Certaines propositions évoquent des pays comme le Danemark, qui imposent un calendrier vaccinal moins chargé, mais les experts en santé publique mettent en garde contre ces comparaisons, soulignant les différences importantes entre les systèmes de santé et les niveaux de risque de maladies.
Pour certains parents, cette remise en question reflète des doutes qui les taraudent depuis des années. Kelly Chiarelly, mère de trois enfants, originaire de Garner (Caroline du Nord) et désormais installée en Floride, explique avoir commencé à s’interroger sur le calendrier vaccinal dès la naissance de son aîné. Elle a finalement opté pour un espacement des vaccins, une décision qu’elle juge plus intuitive en tant que parent.
Elle se dit submergée par le nombre de vaccins recommandés dès les premiers mois de la vie. La pandémie de COVID-19 a, selon elle, encore érodé sa confiance, la laissant sceptique face aux orientations de santé publique qui lui semblent évoluer trop rapidement.
« Je ne suis pas contre les parents qui font vacciner leurs enfants, mais je voudrais avoir la possibilité de poser des questions sans me sentir jugée ou rejetée. J’aimerais des explications plus claires et plus de temps pour prendre des décisions éclairées pour ma famille. »
Kelly Chiarelly, mère de trois enfants
Les pédiatres constatent une augmentation des inquiétudes parentales, qui ont des conséquences de plus en plus importantes. Le Dr Lori Langdon, pédiatre généraliste depuis 30 ans et présidente clinique de pédiatrie à l’École de médecine ostéopathique de l’Université Campbell, souligne que l’hésitation vaccinale s’est accrue ces dernières années, alimentée par la désinformation en ligne et exacerbée par la pandémie.
Lorsque la confiance s’effondre, explique-t-elle, les effets dépassent le cadre familial et se répercutent sur l’ensemble de la communauté, en particulier sur les nourrissons et les enfants trop jeunes ou trop vulnérables pour être vaccinés.
Le programme américain de vaccination des enfants, précise le Dr Langdon, repose sur des décennies de recherche et est conçu pour administrer les vaccins au moment où les enfants sont le plus susceptibles de contracter une maladie grave et où les vaccins sont les plus efficaces.
Elle prend l’exemple de la rougeole : les autorités fédérales ont signalé plus de 1 900 cas cette année, le nombre le plus élevé enregistré depuis 1992. La majorité des cas concernent des enfants non vaccinés ou dont le statut vaccinal est inconnu.
La grippe a également fait de nombreuses victimes. Les Centers for Disease Control and Prevention ont recensé 280 décès pédiatriques dus à la grippe au cours de la saison la plus récente, un chiffre record pour une année non pandémique. En Caroline du Nord, les autorités sanitaires ont confirmé qu’au moins un enfant de l’ouest de l’État est décédé de la grippe cette année.
« Ce ne sont pas des statistiques abstraites, ce sont de vrais enfants, de vraies familles. »
Dr Lori Langdon, pédiatre
Le Dr Langdon aborde également la confusion autour des systèmes de surveillance de la sécurité des vaccins comme V-safe. Elle explique que ces outils sont conçus pour détecter des tendances qui pourraient justifier des études plus approfondies, et non pour déterminer si un vaccin a causé une condition médicale spécifique.
« Ils nous aident à savoir où regarder de plus près, explique-t-elle. Ils ne remplacent pas les essais cliniques ou des décennies de données sur la sécurité. » Les responsables fédéraux ont confirmé ce message lors de la réunion de lundi, soulignant que V-safe repose sur des informations autodéclarées et doit être interprété en parallèle avec d’autres sources de données.
La perspective d’une modification du calendrier vaccinal inquiète les pédiatres, qui craignent que cela ne sape davantage la confiance à un moment où les maladies évitables par la vaccination réapparaissent. Chaque baisse des taux de vaccination, selon le Dr Langdon, augmente le risque d’épidémies et expose les enfants les plus vulnérables à un risque accru.
Pour des parents comme Kelly Chiarelly, le débat est avant tout personnel. Elle espère que les médecins et les décideurs politiques écouteront davantage les préoccupations des parents, même lorsqu’ils ne partagent pas leur point de vue. Pour les médecins comme le Dr Langdon, le défi consiste à reconnaître la peur sans la minimiser, tout en insistant sur les dangers réels de retarder ou de sauter les vaccins.
Entre ces deux perspectives, une tension grandissante se manifeste, comme l’a illustré la réunion de lundi. La question à laquelle est confrontée la nation n’est plus seulement de savoir comment les vaccins sont surveillés, mais aussi de savoir si la confiance dans le système qui guide ces décisions peut être restaurée.
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