Publié le 8 novembre 2023 10h53. Face à une violence endémique et à l’impunité des cartels de la drogue, l’État du Michoacán se soulève, porté par un mouvement citoyen qui défie le gouvernement fédéral et dénonce la collusion entre pouvoir politique et criminalité organisée.
- Le meurtre du maire de Uruapan, Carlos Manzo, le 1er novembre, a déclenché une vague de protestations dans tout l’État.
- Les habitants du Michoacán accusent le gouvernement de Claudia Sheinbaum de minimiser la situation et de proposer des solutions inefficaces.
- Un mouvement populaire, baptisé « Mouvement du Chapeau », émerge, porté par des citoyens de tous horizons et revendiquant un changement radical.
Le Michoacán, un État longtemps symbole de l’incapacité de l’État mexicain à contrôler les cartels de la drogue, est en ébullition. La mort brutale de Carlos Manzo, maire de Uruapan, survenue en pleine célébration du Jour des Morts alors qu’il tenait son jeune fils, a agi comme un catalyseur. Les rues d’Uruapan, de Morelia et d’Apatzingán résonnent des cris de colère et de désespoir d’une population exaspérée par la violence, l’extorsion et les disparitions.
Depuis au moins vingt ans, de nombreuses municipalités mexicaines vivent la même tragédie : des élus locaux, des conseillers municipaux et des citoyens innocents sont assassinés parce qu’ils refusent de céder aux pressions des barons de la drogue. Les habitants du Michoacán, comme tant d’autres à travers le pays, se retrouvent à payer un double tribut : aux impôts et aux trafiquants. Ils dénoncent l’absence de protection de l’État et l’impunité dont jouissent les criminels.
Le mouvement de contestation, qui se fait appeler « Mouvement du Chapeau » en hommage à Carlos Manzo, est porté par une coalition hétéroclite : étudiants, femmes au foyer, professionnels, paysans et travailleurs. Grecia Quiroz, la veuve de Carlos Manzo, a été nommée maire suppléante d’Uruapan et incarne désormais ce mouvement. Lors d’une marche organisée à Uruapan, elle a déclaré :
« Il faudrait qu’ils tuent chacun d’entre nous qui sommes sur cette place pour que ce combat cesse. Il faudrait qu’ils viennent tous nous tuer pour que ce combat cesse de se dérouler dans les rues, cesse de soutenir les personnes les plus vulnérables. Nous ne laisserons personne venir piétiner ou ensanglanter davantage les habitants d’Uruapan. Nous n’allons pas le permettre. »
Grecia Quiroz, maire suppléante d’Uruapan
Face à cette révolte, le gouvernement de Claudia Sheinbaum tente de minimiser la situation, invoquant des théories du complot et proposant un « plan de paix et de justice pour le Michoacán » jugé insuffisant par les manifestants. Ces derniers accusent le parti Morena et son gouverneur, Alfredo Ramírez Bedolla, d’être responsables de l’assassinat de Carlos Manzo et scandent des slogans tels que « Sortez Claudia ! » et « Sortez Morena ! »
Les habitants du Michoacán appellent à un changement profond et dénoncent la collusion entre les cartels et les autorités. Ils affirment que la solution ne réside pas dans la soumission ou la résignation, mais dans la résistance et la dénonciation des criminels, qu’ils soient issus du monde de la drogue ou du gouvernement. Ils envoient un message fort à l’ensemble du Mexique : il est temps de briser le silence et de se lever contre la violence et l’impunité.
Le Michoacán, comme d’autres États mexicains, est confronté à un défi majeur : comment sortir du « narco-enfer » qui gangrène le pays. La question est de savoir si d’autres Mexicains oseront suivre l’exemple du Michoacán et rejoindre ce mouvement de protestation, au risque de leur propre vie.
NOTES INDISCRÈTES…
Le « Mouvement du Chapeau » dispose désormais d’une direction et d’une représentation au Congrès du Michoacán. Par ailleurs, le Conseil mexicain des hommes d’affaires ( CMCNAC) doit choisir le futur président du Conseil de Coordination des entreprises (CCE) le 10 novembre. Les sources indiquent que José Medina Mora serait le candidat favori.
