Publié le 14 janvier 2026 à 03h01. L’échec de la tentative de destitution de Nicolás Maduro au Venezuela suscite des réactions contrastées en Russie, où certains voix nationalistes expriment leur frustration face au contraste avec les difficultés rencontrées par Moscou en Ukraine.
- Des figures influentes en Russie critiquent implicitement la gestion de la crise vénézuélienne par le Kremlin, estimant que la Russie devrait agir avec autant de fermeté que les États-Unis.
- L’opération américaine au Venezuela est perçue par certains analystes russes comme une diversion utile, détournant l’attention du conflit ukrainien et affaiblissant la pression internationale sur Moscou.
- Des experts soulignent que la Russie pourrait utiliser l’intervention américaine au Venezuela pour justifier ses propres actions dans son voisinage, notamment en Ukraine.
La rapidité et l’efficacité avec lesquelles l’administration Trump a mis en difficulté Nicolás Maduro au Venezuela ont visiblement irrité certains cercles au sein de l’establishment russe. Alors que le Kremlin soutenait le régime de Maduro, le retrait stratégique de ce dernier et la démonstration de puissance américaine ont été perçues comme un camouflet. Comme le rapportait POLITICO la semaine dernière, cette situation a provoqué des remous en Russie.
Alexandre Douguine, philosophe néo-impérialiste influent et conseiller du Kremlin, a ainsi exprimé publiquement son mécontentement :
« Toute la Russie se demande pourquoi nous ne traitons pas nos ennemis de la même manière. »
Alexandre Douguine, philosophe néo-impérialiste
Il a même exhorté Moscou à s’inspirer de la stratégie américaine, voire à la surpasser, et ce, sans délai. Même Margarita Simonyan, la porte-parole du Kremlin, a admis qu’il y avait matière à « jalousie ».
Ce sentiment est d’autant plus compréhensible pour la Russie que l’« opération militaire spéciale » menée par Vladimir Poutine en Ukraine, lancée il y a quatre ans, visait initialement à un renversement rapide du gouvernement de Volodymyr Zelensky et à l’installation d’un régime pro-Kremlin. Or, le conflit s’enlise et une issue claire ne se profile pas à l’horizon.
L’opération américaine au Venezuela met en lumière les limites de la capacité militaire russe, un point sensible pour Moscou. Cependant, selon Bobo Lo, ancien chef adjoint de la mission australienne à Moscou et auteur de l’ouvrage « La Russie et le désordre du nouveau monde », il existe d’autres raisons à la retenue rhétorique du Kremlin.
« La destitution de Maduro est certes embarrassante, mais l’Amérique latine reste une zone de moindre importance pour la politique étrangère russe. »
Bobo Lo, auteur et ancien diplomate australien
De plus, M. Lo souligne que l’intervention américaine a des conséquences indirectes, mais globalement positives pour la Russie. Elle détourne l’attention du conflit ukrainien, allège la pression sur Poutine pour qu’il fasse des concessions, légitime le recours à la force pour défendre des intérêts nationaux vitaux ou des sphères d’influence, et remet en question l’idée d’un ordre international fondé sur des règles.
Fiona Hill, experte en Russie à l’Institut Brookings et ancienne conseillère à la Maison Blanche pendant le premier mandat de Trump, partage cette analyse. Elle explique que dans un article paru dans le New York Times, la Russie exploitera l’utilisation de la force par Trump au Venezuela – et sa volonté de gouverner le pays à distance – pour affirmer que si les États-Unis peuvent agir avec agressivité dans leur sphère d’influence, la Russie a le droit d’en faire autant dans son « étranger proche ».
« La Russie exploitera simplement le recours à la force par Trump au Venezuela – et sa détermination à gouverner le pays à distance – pour affirmer que si l’Amérique peut être agressive dans son arrière-cour, il en va de même pour la Russie dans son « étranger proche ». »
Fiona Hill, experte en Russie à l’Institut Brookings

