Téhéran, 19 janvier 2024. Face à une contestation sociale persistante, le président iranien Massoud Pezeshkian a promis des réformes économiques urgentes, tandis qu’une ligne dure au sein du gouvernement privilégie une répression accrue des manifestations.
- Le président Pezeshkian s’engage à lutter contre la corruption et à stabiliser l’économie iranienne, fragilisée par l’inflation et la dévaluation de la monnaie.
- Des tensions internes au sein du gouvernement opposent une approche modérée, axée sur des réponses aux revendications populaires, à une ligne plus répressive soutenue par les Gardiens de la révolution islamique.
- Le niveau d’alerte sur la base militaire américaine d’Al Udeid au Qatar a été temporairement élevé, puis abaissé, en raison des tensions régionales.
Dans un contexte de fortes tensions sociales, le président iranien Massoud Pezeshkian a annoncé une série de mesures économiques destinées à apaiser la colère populaire. Ces annonces interviennent alors que des forces militaires se concentrent en nombre croissant dans la capitale, Téhéran, et que les manifestations, qui ont déjà fait plusieurs centaines de morts, se poursuivent à travers le pays.
Selon le président Pezeshkian, son gouvernement entend s’attaquer à la corruption et aux pratiques privilégiées en matière d’accès aux devises étrangères, dans le but de stabiliser les marchés et d’améliorer le pouvoir d’achat des citoyens. Les protestations, initialement déclenchées par des difficultés économiques, ont été exacerbées par l’instabilité du taux de change et une inflation galopante, atteignant jusqu’à 50 % pour certains produits de première nécessité.
L’agence de presse iranienne Tasnim rapporte que le président a déclaré vouloir soulager la pression financière sur les familles les plus vulnérables, notamment par le biais de subventions ciblées. Il a également souligné l’importance de renforcer la production nationale dans les secteurs industriel et agricole, en impliquant des universitaires et des experts pour réduire la dépendance du pays aux importations.
Cette stratégie vise, selon Pezeshkian, à préserver les réserves de change et à soutenir l’économie iranienne, déjà fortement affectée par les sanctions internationales. Ces sanctions, initialement imposées par les États-Unis, ont été renforcées cette semaine par le président Donald Trump, et s’étendent désormais à des pays entretenant des relations commerciales avec l’Iran, tels que la Chine, l’Inde, la Russie, la Turquie, les Émirats arabes unis et le Brésil.
Cependant, la modération affichée par le président Pezeshkian ne fait pas l’unanimité au sein du gouvernement. Une faction plus conservatrice, proche du clergé qui exerce une influence prépondérante sur la politique iranienne, privilégie une approche répressive. Le ministre de la Défense, Aziz Nasirzadeh, a ainsi menacé d’utiliser tous les moyens nécessaires pour « réprimer les terroristes armés et sauvages » qu’il accuse d’être à l’origine des troubles. Il a affirmé que le gouvernement avait fait preuve de retenue jusqu’à présent, laissant entendre qu’une répression plus sévère pourrait être envisagée.
« Les auteurs et les exécutants des troubles doivent savoir que nous les surveillons. »
Aziz Nasirzadeh, ministre de la Défense
Les menaces de répression pourraient être contenues par les avertissements émis par Donald Trump, qui a laissé entendre que les États-Unis n’hésiteraient pas à intervenir si la situation dégénère.
Le ministre Nasirzadeh a également accusé les États-Unis et Israël d’orchestrer les troubles, minimisant ainsi les causes économiques invoquées par le président Pezeshkian. De son côté, le Corps des Gardiens de la révolution islamique d’Iran, la force militaire la plus puissante du pays, a déclaré être en état d’alerte maximal. Le commandant des forces terrestres de ce corps, le général de brigade Mohammad Karami, a évoqué une « guerre globale et hybride » menée sur plusieurs fronts, notamment économique, social, politique et cybernétique.
Par ailleurs, le niveau d’alerte sur la base militaire américaine d’Al Udeid au Qatar a été temporairement élevé, puis abaissé, après avoir atteint son niveau maximum mercredi. Selon l’agence Reuters, certains militaires américains ont été évacués de la base, qui abrite environ dix mille soldats et a été la cible d’attaques en représailles après le raid américain sur le complexe nucléaire iranien en juin dernier. Des sources diplomatiques indiquent que certains militaires ont été autorisés à revenir et que des avions militaires retirés par précaution sont progressivement réintégrés à la base.

