Publié le 17 mai 2024. Les délais d’évaluation des personnes en situation de handicap en France s’allongent considérablement, pénalisant des dizaines de milliers de personnes et entraînant une augmentation significative des coûts pour l’organisme en charge de ces dossiers, l’UWV.
- Les délais d’attente pour une réévaluation de la situation de handicap ont triplé en moins d’un an, atteignant une moyenne de 90 semaines.
- L’UWV a modifié ses priorités, privilégiant les nouvelles demandes d’allocations plutôt que les réévaluations.
- Le coût des pénalités de retard pour l’UWV a dépassé 25 millions d’euros depuis le début de l’année, et la ministre des Affaires sociales envisage de limiter les possibilités de recours en justice.
La situation des personnes en attente d’une réévaluation de leur situation de handicap se dégrade en France. Si une réévaluation peut être demandée lorsque la situation d’un individu change, ou en cas de nouvelles informations médicales pertinentes, l’attente pour obtenir cette évaluation s’est considérablement allongée ces dernières années.
En 2021, le délai moyen était de 21 semaines. En 2024, il est passé à 30 semaines, et atteint désormais une moyenne de 90 semaines, selon les chiffres fournis à EenVandaag par l’UWV (Uitvoeringsinstituut Werknemersverzekeringen), l’organisme chargé des assurances sociales.
Ce rallongement des délais est dû à une nouvelle priorisation au sein de l’UWV. Les nouvelles demandes d’allocations pour l’invalidité (WIA) et les jeunes en situation de handicap (Wajong) sont désormais traitées en priorité, reléguant les réévaluations au second plan. Seules les personnes risquant de se retrouver sans ressources peuvent prétendre à une réévaluation accélérée, mais dans la plupart des cas, les demandes s’accumulent.
La situation est préoccupante également pour les nouvelles demandes d’allocations WIA. Bien qu’elles soient censées être prioritaires, le délai de traitement moyen a également augmenté, atteignant 24 semaines. Des milliers de personnes attendent désormais plus de six mois pour obtenir une réponse.
Cette augmentation est liée à la hausse du nombre de demandes WIA et à la diminution du nombre de dossiers traités. L’UWV est également mobilisé par la vérification et la correction d’erreurs de calcul dans des dizaines de milliers de dossiers, une opération coûteuse qui pèse sur ses finances.
Les personnes contraintes d’attendre trop longtemps peuvent exiger une pénalité financière. Et ces demandes se multiplient. L’UWV a déjà dû verser au moins 25 millions d’euros de pénalités depuis le début de l’année. En 2021, le montant était de 5 millions d’euros par an, et de 18 millions l’année dernière, mais les coûts continuent d’augmenter.
Face à cette situation, la ministre des Affaires sociales, Mariëlle Paul, a annoncé dans une lettre adressée à l’Assemblée nationale étudier la possibilité de limiter le recours aux pénalités financières.
« La pénalité dans le cadre de la WIA ne remplit plus depuis des années la fonction pour laquelle elle a été prévue. Ces dernières années, elle a pénalisé les personnes qui n’avaient pas envoyé de mise en demeure. »
Mariëlle Paul, ministre des Affaires sociales
La ministre estime que l’imposition d’une pénalité ne permet plus d’accélérer le traitement d’une demande.
Dans la même lettre, la ministre a également annoncé l’extension de l’opération de correction des erreurs de calcul. Environ 8 000 dossiers de personnes dont l’allocation WIA a été interrompue entre 2020 et 2024 seront également réexaminés. Cependant, les premiers versements ne sont pas attendus avant le début de l’année 2026. À ce jour, seulement 1 000 personnes ont été informées de l’absence d’erreurs dans leur dossier.
