Publié le 16 janvier 2026 à 13h53. L’ancien président sud-coréen Yoon Suk Yeol a été reconnu coupable de plusieurs chefs d’accusation liés à sa tentative controversée d’imposer la loi martiale en décembre 2024, une décision qui a plongé le pays dans une crise politique majeure et pourrait l’empêcher d’échapper à une longue peine de prison.
- Yoon Suk Yeol a été condamné à cinq ans de prison dans le cadre d’une première affaire, pour avoir entravé sa propre arrestation et falsifié la proclamation de la loi martiale.
- Il est également accusé de rébellion, passible de la peine de mort, dans une affaire dont le verdict est attendu le mois prochain.
- Bien que la Corée du Sud maintienne un moratoire de facto sur les exécutions, les experts estiment qu’une condamnation à mort est peu probable, compte tenu du contexte et des précédents.
Le tribunal du district central de Séoul a déclaré Yoon coupable d’avoir défié les tentatives de son arrestation, d’avoir falsifié le décret de loi martiale et d’avoir empêché certains membres de son gouvernement de participer à la délibération sur cette mesure. Le juge Baek Dae-hyun a souligné la nécessité d’une « punition sévère » en raison de l’absence de remords de l’ancien président et de la nécessité de restaurer l’état de droit.
L’équipe juridique de Yoon a annoncé son intention de faire appel, dénonçant une décision « politisée » et basée sur des « arguments illibéraux » de la part du procureur indépendant. Les avocats ont plaidé que la décision « simplifiait à l’extrême la frontière entre l’exercice par le président des pouvoirs constitutionnels et la responsabilité pénale ».
L’imposition de la loi martiale par Yoon, le 3 décembre 2024, avait été perçue comme une tentative de réprimer l’opposition et de consolider son pouvoir. Il avait justifié cette décision en invoquant la nécessité d’éliminer les « forces anti-étatiques » et de protéger « l’ordre démocratique constitutionnel ». Cependant, cette action a déclenché des manifestations massives et une profonde crise politique, rappelant les périodes de dictature militaire que le pays avait connues dans les années 1970 et 1980.
L’ancien président est également confronté à d’autres accusations, notamment celle d’avoir ordonné le vol de drones au-dessus de la Corée du Nord afin de justifier une déclaration de loi martiale, ainsi que des accusations de manipulation d’enquête et de corruption.
Suite à la destitution de Yoon, son rival progressiste, Lee Jae Myung, a été élu président lors d’élections anticipées en juin. Lee a ensuite nommé trois procureurs indépendants pour enquêter sur les allégations portées contre Yoon, sa femme et leurs collaborateurs.
Bien que la Corée du Sud n’ait pas procédé à une exécution depuis 1997, la peine de mort reste une possibilité théorique dans l’affaire de rébellion. L’avocat pénaliste Park SungBae estime toutefois qu’il est peu probable que le tribunal prononce cette peine, compte tenu du fait que le décret de Yoon n’a pas entraîné de pertes humaines et n’a été que de courte durée. Il prévoit plutôt une peine de prison à vie ou une peine d’emprisonnement de 30 ans ou plus.
Il est également à noter que la Corée du Sud a une tradition de grâce accordée aux anciens présidents emprisonnés, dans un souci de promouvoir l’unité nationale. Des figures comme Chun Doo-hwan, un ancien dirigeant autoritaire condamné pour son coup d’État et la répression sanglante de manifestations, ont bénéficié de telles grâces.
Certains observateurs suggèrent que Yoon pourrait adopter une attitude intransigeante lors des procès en cours, dans l’espoir de conserver le soutien de sa base électorale et de maximiser ses chances d’être gracié à l’avenir.
