Séoul – L’ancien président sud-coréen Yoon Suk Yeol a été condamné vendredi à cinq ans de prison pour obstruction à la justice et abus de pouvoir, notamment pour avoir tenté de faire échouer son arrestation et pour des irrégularités liées à une déclaration de loi martiale. Cette décision marque une nouvelle étape dans les démêlés judiciaires de l’ancien chef d’État.
Le tribunal du district central de Séoul a reconnu Yoon coupable d’avoir mobilisé les services de sécurité présidentiels afin d’empêcher les autorités d’exécuter un mandat d’arrêt visant à enquêter sur sa tentative d’imposer la loi martiale. Il a également été condamné pour fabrication de documents officiels et non-respect des procédures légales requises pour la proclamation de la loi martiale, qui aurait dû être précédée d’une réunion formelle du cabinet.
Selon le juge principal du tribunal, Yoon a « abusé de son influence considérable en tant que président pour entraver l’exécution de mandats légitimes par l’intermédiaire d’agents des services de sécurité, privatisant de fait des fonctionnaires fidèles à la République de Corée pour son bénéfice personnel ».
L’ancien procureur de 65 ans, visiblement amaigri par rapport à sa première comparution il y a un an, n’a montré aucune réaction lors de l’annonce du verdict. Son avocat, Yoo Jung-hwa, a immédiatement annoncé son intention de faire appel, dénonçant une décision « politisée ». Les procureurs n’ont pas commenté la possibilité d’un appel de leur côté.
Dans une affaire distincte, les procureurs avaient requis la peine de mort contre Yoon pour avoir orchestré une insurrection en tentant d’imposer un régime militaire sans justification et en suspendant le Parlement.
Les faits remontent à janvier de l’année dernière, lorsque Yoon s’était barricadé dans sa résidence et avait ordonné aux services de sécurité de bloquer les enquêteurs. Son arrestation, la première d’un président en exercice en Corée du Sud, avait nécessité l’intervention de plus de 3 000 policiers. Le Parlement avait ensuite voté pour annuler son décret de loi martiale et l’avait destitué, suspendant ses pouvoirs. La Cour constitutionnelle avait confirmé sa destitution en avril de l’année dernière, estimant qu’il avait manqué à ses devoirs.
Même si la tentative d’imposition de la loi martiale n’a duré qu’environ six heures, elle a provoqué une onde de choc en Corée du Sud, quatrième économie d’Asie et allié clé des États-Unis. Des dizaines de partisans s’étaient rassemblés devant le tribunal, brandissant des pancartes affirmant que Yoon était victime d’une chasse aux sorcières politique. « L’histoire sera juge », pouvait-on lire sur certaines d’entre elles.
Yoon Suk Yeol rejoint ainsi une liste d’anciens présidents sud-coréens reconnus coupables et emprisonnés, comme l’ancien général Chun Doo-hwan, condamné à mort en 1996 pour la répression brutale des manifestations de masse à Gwangju en 1980. Sa peine avait ensuite été commuée et il avait été gracié après avoir purgé deux ans de prison.
