Home Divertissement‘They disappeared when the wall came down’: German author Jenny Erpenbeck on the objects that contain vast histories | Fiction

‘They disappeared when the wall came down’: German author Jenny Erpenbeck on the objects that contain vast histories | Fiction

by Antoine Girard

Des objets du quotidien, témoins silencieux de l’histoire allemande, disparaissent peu à peu, emportés par les mutations sociales et économiques. L’écrivaine Jenny Erpenbeck explore dans son dernier ouvrage la manière dont ces absences révèlent autant sur le passé que sur le présent.

Le porte-gouttes qui ornait autrefois les cafetières familiales lors des réunions de famille allemandes, ces petits rouleaux de mousse sur élastique décorés de motifs enfantins, sont ainsi tombés en désuétude. Leur disparition coïncide avec la révolte des enfants nés à la fin de la guerre contre les traditions parentales, préférant les voyages en Italie et les machines à expresso modernes. « Les choses disparaissent lorsqu’elles sont privées de leurs moyens d’existence, comme si elles avaient elles aussi une faim à satisfaire », observe Erpenbeck.

Cette perte d’objets anodins est bien plus qu’une simple question de modernité. Elle symbolise un changement profond dans les modes de vie et les valeurs. Les ateliers de retouche de bas de soie, comme le « Run Express », ont disparu avec l’arrivée des bas bon marché d’Europe de l’Ouest après la chute du Mur. Les supports à tapis, autrefois indispensables, se sont évanouis avec l’introduction des moquettes et des aspirateurs, et la disparition des tapis persans, victimes de la guerre et de la précarité économique.

Erpenbeck établit un lien saisissant entre ces disparitions matérielles et les événements historiques qui les ont précédées. Elle évoque par exemple la phrase du peintre berlinois Heinrich Zille selon laquelle « on peut tuer une personne avec un appartement aussi facilement qu’avec une hache ». Le simple fait de pouvoir s’offrir des vacances en Italie et de rapporter une machine à expresso témoigne d’une prospérité nouvelle, mais marque aussi la fin d’une époque.

L’auteure illustre cette idée avec l’expérience d’une femme russe immigrée en Allemagne, qui a choisi de se débarrasser de ses biens matériels en les brûlant lors d’un pique-nique familial. « On ne peut pas tout emporter avec soi », explique-t-elle, résumant ainsi une philosophie de l’exil et du renouveau. Elle est arrivée avec ses quatre enfants et deux valises, rien de plus.

Par ailleurs, Erpenbeck se livre sur le tourbillon incessant de la vie moderne, énumérant une liste vertigineuse de tâches et de préoccupations quotidiennes : rendez-vous médicaux, assurances, démarches administratives, courses, etc. Cette accumulation d’obligations la conduit à une réflexion sur le processus créatif et sur la difficulté de trouver le temps d’écrire. « Mon nouveau roman, je dirais, oui, oui, je suis plongée dedans, la tête la première, en train de travailler, de travailler sur le nouveau roman, enfin… » confie-t-elle, illustrant ainsi la tension entre la réalité et l’aspiration à un monde meilleur, évoqué dans les paroles d’une mélodie de Schubert : « Comment souvent, dans les heures grises, ô glorieux art, / Quand la vie m’enserre dans son cercle sauvage, / As-tu allumé l’amour dans mon cœur / Et m’as-tu enlevé dans un monde meilleur ? »

En définitive, l’œuvre de Jenny Erpenbeck invite à une réflexion sur la fragilité de l’existence et sur la manière dont les objets qui nous entourent sont porteurs de mémoire et de sens.

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