Des affrontements entre les forces rebelles tigréennes et l’armée fédérale éthiopienne ont éclaté le 23 septembre 2026 dans le nord du pays, marquant la rupture de l’accord de paix de Pretoria et faisant craindre le retour d’un conflit généralisé et de graves pénuries alimentaires.
La situation sécuritaire dans le nord de l’Éthiopie s’est brutalement détériorée le mercredi 23 septembre 2026. Les forces de la région du Tigré ont pris le contrôle de trois aéroports régionaux et se sont heurtées aux troupes fédérales dans plusieurs localités, consumant la rupture totale des arrangements conclus à Pretoria qui avaient mis un terme à deux années de combats dévastateurs.
Cette reprise des hostilités survient après des mois de tensions croissantes entre le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed et le Front de libération du peuple du Tigré. L’administration d’Addis-Abeba contestait la légitimité du pouvoir tigréen, tandis que le TPLF n’est plus autorisé en Éthiopie depuis 2025.
Prise des aéroports et combats aux frontières régionales
Selon les données de l’ONG spécialisée Acled relayées par la presse internationale, les forces tigréennes se sont emparées des infrastructures aéroportuaires de Mekele, la capitale régionale, ainsi que de celles d’Axoum et de Shire. Des affrontements armés ont simultanément éclaté dans des zones frontalières stratégiques, notamment entre le sud du Tigré et l’État de l’Amhara, et à l’est du Tigré face à l’Afar.

Deux sources humanitaires opérant en Afar ont confirmé à l’AFP que des combats se déroulaient près des localités d’Abala et d’Erebti. La compagnie nationale Ethiopian Airlines a immédiatement réagi en suspendant l’ensemble de ses liaisons aériennes intérieures à destination et en provenance de Mekele, d’Axoum et de Shire.
Des forces terrestres nous ont attaqués depuis le sud du Tigré, depuis l’est du Tigré, donc les TDF ont reçu l’ordre de se défendre.
Amanuel Assefa, vice-président du TPLF, via Letemps
Parallèlement, les autorités rebelles du Tigré ont proclamé se trouver en guerre totale
contre le gouvernement central.
Une coalition hétéroclite pour renverser le gouvernement
La fragilité de la paix s’explique aussi par des recompositions politiques majeures. Le TPLF a récemment noué une alliance avec six autres groupes armés issus de différentes régions éthiopiennes, parmi lesquels figurent les milices amhara Fano et l’Armée de libération oromo. Cette coalition, baptisée Coalition pour la Survie, affiche ouvertement l’objectif de renverser l’exécutif dirigé par Abiy Ahmed.
Les analystes soulignent que cette multiplication des fronts place l’armée fédérale sous une pression extrême. Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l’Oslo New University College, a estimé que les rebelles ont franchi le Rubicon
, ajoutant ne percevoir aucun signe de détente à court terme.
La panique des habitants face au risque de pénuries à Mekele
À Mekele, la reprise des hostilités ravive immédiatement le traumatisme du blocus et des pénuries extrêmes qui avaient caractérisé le conflit entre 2020 et 2022.

Dès les premières heures des combats, les habitants se sont précipités vers les commerces et les banques pour effectuer des réserves de denrées de première nécessité, provoquant des hausses de prix immédiates sur les marchés locaux.
Les commerçants signalent une inflation de 15% sur le quintal de teff, la céréale indispensable à la préparation de l’injera, l’aliment de base de la cuisine éthiopienne. Les habitants craignent par ailleurs l’interruption durable des services bancaires, de l’électricité et des réseaux de télécommunications.
Appels internationaux à la désescalade et risques géopolitiques
Face à cette escalade, l’Union européenne et l’Union africaine ont publié des appels conjoints pour exiger une désescalade immédiate
et le respect absolu du droit humanitaire international. Bruxelles a souligné la dégradation rapide de la situation sur le terrain.
Au-delà des frontières éthiopiennes, les diplomates redoutent que ce nouveau conflit ne s’inscrive dans une instabilité plus large à l’échelle de la Corne de l’Afrique, marquée par la guerre civile au Soudan, les tensions persistantes en Somalie et les différends diplomatiques persistants entre Addis-Abeba et l’Érythrée voisine concernant notamment l’accès stratégique à la mer Rouge, ainsi que les désaccords sur le Grand Ethiopian Renaissance Dam avec l’Égypte et le Soudan, selon les analyses recueillies par Reuters.