Publié le 26 novembre 2023 18:25:00. Un plan de paix en 28 points pour l’Ukraine, récemment rendu public, s’appuierait en réalité sur un document initial rédigé par la Russie et présenté à l’administration Trump en octobre dernier, révélant des liens insoupçonnés entre les propositions de paix et les positions de Moscou.
- Le plan de paix américain serait basé sur un « non-papier » russe datant d’octobre 2023, contenant des concessions territoriales que l’Ukraine avait déjà refusées.
- Des responsables américains, dont Marco Rubio, avaient exprimé des doutes quant à la viabilité des demandes russes dès la présentation du document.
- Des rencontres discrètes entre des émissaires de l’administration Trump et des représentants russes, notamment à Miami, ont permis d’élaborer ce plan, suscitant des interrogations sur la transparence du processus.
L’origine du plan de paix en 28 points présenté la semaine dernière pour mettre fin à la guerre en Ukraine remonte à un document confidentiel transmis à l’administration Trump en octobre 2023, selon des sources proches du dossier. Ce « non-papier », terme diplomatique désignant un document de communication informel, aurait été partagé avec de hauts responsables américains à la suite d’une rencontre entre le président américain Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Washington.
Le document russe exposait les conditions de Moscou pour un règlement du conflit, incluant des concessions territoriales importantes dans l’est de l’Ukraine, des propositions que Kiev avait déjà rejetées. Il s’agit de la première confirmation que ce document, dont l’existence avait été signalée en octobre par Reuters, constitue une base significative du plan de paix actuel.
Ni le Département d’État américain, ni les ambassades de Russie et d’Ukraine à Washington n’ont souhaité commenter ces informations. La Maison Blanche s’est contentée de citer les déclarations optimistes de Donald Trump concernant les progrès réalisés sur le plan de paix. « Dans l’espoir de finaliser ce plan de paix, j’ai chargé mon envoyé spécial Steve Witkoff de rencontrer le président Poutine à Moscou et, en même temps, le secrétaire de l’Armée Dan Driscoll rencontrera les Ukrainiens », a écrit Trump.
Les raisons précises qui ont poussé l’administration Trump à s’appuyer sur le document russe pour élaborer son plan de paix restent floues. Certains responsables américains, comme le sénateur Marco Rubio, avaient dès le départ exprimé des réserves quant à la recevabilité des demandes formulées par Moscou. Selon les sources, Rubio aurait eu un entretien téléphonique avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov pour discuter de ce document. Interrogé à Genève, Rubio a reconnu avoir reçu « de nombreux documents écrits informels et autres choses de cette nature », sans donner de détails supplémentaires.
Depuis la publication du plan de paix par Axios la semaine dernière, le scepticisme s’est accru parmi les responsables et les législateurs américains, beaucoup le considérant davantage comme une liste de positions russes que comme une véritable proposition de paix. Malgré ces doutes, les États-Unis ont exercé des pressions sur l’Ukraine, la mettant en garde contre une possible réduction de l’aide militaire si elle ne donnait pas son accord.
L’élaboration du plan s’est notamment faite lors d’une réunion tenue le mois dernier à Miami entre Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, Steve Witkoff, l’envoyé spécial, et Kirill Dmitriev, directeur d’un fonds souverain russe. Selon deux sources, peu de personnes au sein du Département d’État et de la Maison Blanche étaient au courant de cette rencontre.
Des informations révélées par Bloomberg mardi indiquent que Steve Witkoff aurait conseillé Yuri Ouchakov, un haut responsable du Kremlin, sur la manière dont Vladimir Poutine devait s’adresser à Donald Trump. Des transcriptions d’appels téléphoniques révèlent que Ouchakov et Witkoff évoquaient déjà un possible « plan en 20 points » dès le 14 octobre, qui aurait ensuite été étendu lors de conversations ultérieures avec Kirill Dmitriev.