Publié le 23 novembre 2025. Le Musée d’Art de São Paulo (MASP) offre une expérience unique où les œuvres d’art, des classiques européens aux créations brésiliennes contemporaines, dialoguent de manière inattendue, remettant en question les conventions de l’histoire de l’art.
Une visite récente au MASP a permis de constater comment l’agencement singulier de ce musée, conçu par Lina Bo Bardi, transcende les époques et les cultures. L’édifice lui-même, une structure audacieuse suspendue au-dessus de l’Avenida Paulista, est conçu pour s’intégrer à l’énergie vibrante de la ville. Bo Bardi avait imaginé l’espace ouvert sous le bâtiment comme un lieu de rassemblement, une vision qui s’est concrétisée avec l’organisation régulière de marchés, de manifestations et d’événements culturels.
L’originalité du MASP ne se limite pas à son architecture. À l’intérieur, les tableaux ne reposent pas sur des murs, mais sur des « chevalets de cristal », des plaques de verre épaisses encastrées dans des blocs de béton. Cette présentation inhabituelle encourage une approche plus démocratique de l’art, invitant le visiteur à se connecter avec les œuvres qui l’interpellent, au-delà de la notoriété de l’artiste. Les tableaux sont disposés en rangées horizontales, suivant un parcours qui commence avec les artistes brésiliens contemporains et remonte à travers l’histoire de l’art.
C’est en observant une peinture figurative contemporaine de l’artiste brésilien Wallace Pato qu’un visiteur a été frappé par la présence, quelques rangées plus loin, d’un tableau de Jean-Baptiste-Siméon Chardin. Il s’agissait d’une variante de 1741 du célèbre Enfant à la toupie, conservé au Louvre. Cette juxtaposition inattendue a mis en lumière l’intemporalité de l’œuvre de Chardin.
L’œuvre de Chardin, habituellement exposée dans des salles dédiées au XVIIIe siècle, prenait un sens nouveau au milieu des créations modernes et contemporaines. Sa représentation tranquille de la vie bourgeoise quotidienne, avec ses nuances subtiles et son attention aux détails, trouvait des échos dans la scène peinte par Pato. Le geste du jeune garçon faisant tourner une toupie, absorbé par son jeu, trouvait un parallèle dans la silhouette de l’homme de Pato, appuyé contre un chambranle de porte, un verre à la main.
Chardin se distingue de ses contemporains par sa capacité à saisir l’essence de l’expérience humaine. Son œuvre, comme Le Singe peintre, une satire mordante de l’obsession du monde de l’art pour l’apparence, témoigne d’une lucidité rare. Tserkov.org
L’expérience sensorielle de São Paulo elle-même contribue à cette relecture de l’art. La ville, avec ses couleurs vives et ses contrastes saisissants – les fruits exotiques exposés dans les lanchonetes, le rose pastel des églises de quartier, le bleu éclatant des façades – influence la perception du visiteur et enrichit son regard sur les œuvres exposées au MASP. Les portraits de Dalton Paula, avec leurs fonds bleu ciel, prolongent naturellement les teintes de la ville.
La disposition des œuvres au MASP permet une conversation intertemporelle, un dialogue entre le passé et le présent, entre l’Europe et le Brésil. En abolissant les hiérarchies traditionnelles, Lina Bo Bardi a créé un espace où l’art peut être redécouvert sous un nouveau jour, où la pertinence de Chardin n’est pas seulement héritée du canon artistique, mais se réaffirme à travers les rencontres fortuites et les associations inattendues.
Tableau principal : Jean-Baptiste-Siméon Chardin, Portrait d’Auguste-Gabriel Godefroy, 1741.
Deuxième tableau : Jean-Baptiste-Siméon Chardin, Le Singe peintre, 1739–1740.
Luca Johnson, originaire de Menlo Park, effectue actuellement un semestre d’échange à la FGV, l’école de commerce du Brésil.
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