Estimé entre 250 000 et 300 000 euros, un squelette fossilisé de théropode vieux de 167 millions d’années, connu sous le nom de Dubreuillosaurus, sera mis aux enchères le 18 novembre 2026 à Paris. Des paléontologues du Muséum national d’histoire naturelle redoutent la disparition de cette pièce majeure dans une collection privée étrangère.
La vente du fossile à l’Hôtel Drouot
Le fossile d’un dinosaure carnivore découvert en Normandie sera vendu le 18 novembre 2026 à l’Hôtel Drouot à Paris par la maison Millon. L’objet des convoitises est un squelette de théropode appartenant au genre Dubreuillosaurus, estimé entre 250 000 et 300 000 euros. Ce montant dépasse les capacités financières des institutions publiques, ouvrant la voie à une acquisition par un collectionneur privé hors de France.
Ce dinosaure peut légalement être vendu, quoiqu’en pensent les visiteurs du Paléospace ou les scientifiques, et même s’il porte un numéro de catalogue d’une collection nationale
, soulignent Ronan Allain, maître de conférences au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), et Julien Benoit, Associate Professor in Vertebrate Palaeontology à l’University of the Witwatersrand. Le fossile est catalogué sous la référence MNHN 1998-13 au sein des collections nationales depuis les années de fouilles.
Un squelette exhumé dans l'Eure
L’histoire de ce spécimen commence en 1994 à Conteville, dans l’Eure, lorsque l’ancien maire de la commune, André Dubreuil, découvre les premiers fragments lors de l’aménagement d’une parcelle abritant une petite carrière abandonnée. Après un accord avec le propriétaire, le squelette entre dans les collections du Muséum national d’histoire naturelle en 1998. Entre 1999 et 2001, le laboratoire de paléontologie du MNHN finance de nouvelles campagnes de fouilles pour exhumer le reste du squelette, permettant de dégager le crâne de théropode le mieux conservé de France.
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Les travaux de recherche menés par Ronan Allain conduisent à la description d’une nouvelle espèce en 2002, nommée d’abord Poekilopleuron valesdunensis, avant qu’un nouveau genre ne soit créé en 2005 sous le nom de Dubreuillosaurus en hommage au découvreur. Le fossile retourne ensuite en Normandie en 2013 à la demande de M. Dubreuil, trouvant sa place au Paléospace.
Ce fossile sert de référence internationale
Le fossile constitue un holotype, c’est-à-dire le spécimen de référence internationale pour son espèce. Les chercheurs du monde entier doivent s’appuyer sur cet ossement précis pour mener leurs comparaisons anatomiques.
L’anatomie crânienne de ce dinosaure présente une forme très allongée qui préfigure celle des spinosauridés, des cousins dotés d’un museau semblable à celui des crocodiles. Le spécimen se rattache également aux mégalosaures, ouvrant des perspectives historiques cruciales pour la paléontologie du Jurassique. Une reconstitution en chair réalisée par Michel Fontaine illustre l’apparence de ce dinosaure, tel que le présente la documentation fournie par l’auteur.
| Date clé | Événement marquant |
|---|---|
| 1994 | Découverte des premiers fragments à Conteville par André Dubreuil |
| 1998 | Dépôt du squelette dans les collections du MNHN sous le numéro 1998-13 |
| 2005 | Description officielle du nouveau genre Dubreuillosaurus |
| 2014 | Exposition permanente au Paléospace de Villers-sur-Mer |
| 18 novembre 2026 | Vente aux enchères prévue à l’Hôtel Drouot à Paris |
Les réactions de la communauté scientifique
La perte de ce spécimen pour la recherche publique s’ajoute à des précédents similaires concernant d’autres grands fossiles, notamment des squelettes de Tyrannosaurus rex partis grossir des collections privées à l’étranger. Face à l’impossibilité pour les musées publics d’aligner des enchères, les auteurs de l’appel plaident pour que ce patrimoine devienne un trésor national inaliénable au titre du Code du patrimoine, afin d’éviter qu’une page entière de l’histoire des dinosaures français ne disparaisse derrière des portes closes.