Publié le 16 octobre 2024 à 22h35. L’intelligence artificielle (IA) permet désormais de créer des chansons imitant les voix d’artistes célèbres, suscitant des inquiétudes quant à la protection des droits d’auteur et à la prolifération de contenus trompeurs sur des plateformes comme YouTube.
- Des chansons générées par IA, attribuées à tort à des artistes comme Adele, Ed Sheeran et Justin Bieber, circulent massivement sur YouTube.
- Des experts s’alarment de la dégradation de la qualité du contenu en ligne, remplacé par des créations artificielles à des fins lucratives.
- La question de la protection de la ressemblance vocale et visuelle par le droit d’auteur est au cœur des débats.
Une vidéo YouTube rendant hommage au militant conservateur Charlie Kirk a ainsi récolté des commentaires élogieux, dont un certain « Merci, Adele, c’est une chanson magnifique ». Or, cette chanson n’est pas l’œuvre de la chanteuse britannique, mais a été intégralement générée par intelligence artificielle. Cette situation illustre une tendance croissante : l’IA est désormais capable de composer des morceaux musicaux à partir de simples instructions textuelles, en imitant les voix d’artistes connus, souvent à leur insu.
Des hommages similaires, attribués à des stars comme Ed Sheeran et Justin Bieber, ont déjà accumulé des millions de vues et des milliers de commentaires sur YouTube. Si la qualité de ces imitations est parfois discutable, de nombreux internautes continuent d’y croire et de s’y intéresser, profitant de la facilité d’accès et du faible coût de ces outils d’IA.
Alex Mahadevan, de l’institut spécialisé dans les médias Poynter, exprime son inquiétude face à cette évolution :
« Je crains que ce qui rendait Internet si cool au départ, à savoir des gens vraiment bizarres et créatifs qui faisaient des choses qui les passionnaient pour le plaisir, ait disparu. Cela a été remplacé par des contenus médiocres créés par des escrocs qui cherchent à gagner de l’argent. »
Alex Mahadevan, Poynter
Il ajoute que nous risquons de devenir des consommateurs passifs de « contenu » plutôt que des citoyens numériques actifs et conscients.
YouTube exige des créateurs qu’ils indiquent l’utilisation de l’IA, mais cette mention est souvent discrète, enfouie dans la description de la vidéo et facilement négligée par les utilisateurs. Un exemple frappant est le groupe virtuel The Velvet Sundown, généré par IA, qui a déjà publié des albums et rassemblé plus de 200 000 auditeurs sur Spotify, se décrivant comme « ni tout à fait humain ni tout à fait machine ».
Cette situation soulève des questions juridiques complexes, notamment concernant la protection des droits d’auteur et la possibilité de protéger la ressemblance vocale et visuelle. Selon M. Mahadevan :
« Je pense absolument que la ressemblance d’une personne doit être protégée contre la reproduction dans les outils d’IA. Cela vaut également pour les personnes décédées. »
Alex Mahadevan, Poynter
Lucas Hansen, cofondateur de l’ONG CivAI, estime qu’une interdiction totale est peu probable, mais s’attend à des restrictions dans le domaine commercial :
« Il pourrait également y avoir des restrictions sur la distribution, mais les lois existantes sont beaucoup moins strictes envers les contenus non monétisés. »
Lucas Hansen, CivAI
En juin dernier, la Recording Industry Association of America (RIAA), qui représente les maisons de disques américaines, a annoncé qu’elle allait poursuivre en justice deux générateurs de musique, dont Suno, pour violation présumée du droit d’auteur. Par ailleurs, plus de 200 artistes, dont Katy Perry et Nicki Minaj, ont signé une lettre ouverte aux développeurs d’IA et aux plateformes technologiques, dénonçant l’utilisation abusive de l’IA qui, selon eux, « dévalorise notre travail et nous empêche d’être rémunérés équitablement »
. Ils affirment que « nous devons nous protéger contre l’utilisation abusive de l’intelligence artificielle qui vole la voix et l’image des artistes professionnels, viole les droits des créateurs et détruit l’écosystème musical »
.
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