Home Technologie et scienceVirus zombies : des bactéries dégelées en Alaska et au Groenland révèlent un danger inédit pour nos récoltes

Virus zombies : des bactéries dégelées en Alaska et au Groenland révèlent un danger inédit pour nos récoltes

by Thomas Caron
La réactivation du Pandoravirus yedoma

Des chercheurs ont réactivé 13 virus anciens piégés dans le pergélisol russe, dont un spécimen âgé de 48 500 ans. Ce dégel, accéléré par le réchauffement climatique, menace non seulement la santé humaine mais aussi la sécurité alimentaire mondiale via des pathogènes ancestraux capables de décimer les cultures agricoles.

Le pergélisol, ce vaste congélateur naturel, ne se contente plus de stocker le carbone. Il devient une source de risques biologiques. Le terme de « virus zombie » désigne ces agents pathogènes restés inactifs pendant des millénaires, mais dont la virulence demeure intacte. Loin d’être une simple curiosité de laboratoire, leur réveil pose une question brutale : sommes-nous prêts à affronter des menaces pour lesquelles notre système immunitaire n’a aucun historique ?

La réactivation du Pandoravirus yedoma

En 2022, des chercheurs de l’université d’Aix-Marseille ont franchi un seuil critique en réussissant à réactiver 13 virus prélevés dans la glace russe. Parmi eux, le Pandoravirus yedoma, âgé de 48 500 ans, s’est révélé être le virus gelé le plus ancien à redevenir infectieux. Contrairement aux idées reçues sur la dégradation biologique, ces agents n’avaient rien perdu de leur puissance.

La réactivation du Pandoravirus yedoma
cluster (priority): britannica.com

Une fois stimulés, ces virus ont été capables d’infecter des hôtes cellulaires. Ce phénomène prouve que le temps n’a aucune emprise sur leur dangerosité tant qu’ils restent protégés par le froid extrême. Le risque s’intensifie avec l’industrialisation de l’Arctique, qui augmente les probabilités de contact entre ces virus inconnus et des hôtes modernes.

Cette réalité n’est plus une hypothèse théorique. En 2016, en Sibérie, la fonte du pergélisol a libéré des spores de la bactérie du charbon. Le bilan a été immédiat et tragique : le décès d’un enfant et le sacrifice de plus de 200 000 rennes, comme le rapporte SciencePost.

Le péril invisible pour la sécurité alimentaire

Si l’attention médiatique se focalise souvent sur les pandémies humaines, une menace plus insidieuse guette nos assiettes. Des pathogènes ancestraux, capables de détruire des cultures entières, refont surface en Alaska et au Groenland.

Le péril invisible pour la sécurité alimentaire
cluster (priority): nypost.com

L’Institut coréen de recherche polaire a mis en évidence la prolifération de Pseudomonas, une bactérie responsable de la pourriture molle des pommes de terre, dès la mise en dégel d’échantillons alaskains. Plus inquiétant encore, des carottes de glace prélevées au Groenland ont révélé la présence du virus de la mosaïque de la tomate, vieux de 140 000 ans. Ce pathogène est capable de décimer non seulement les tomates, mais aussi les poivrons, les concombres et les betteraves.

L’enjeu est ici systémique. La capacité de ces virus à survivre des millénaires signifie que nous faisons face à des agents dont nous ignorons tout des modes de propagation et des traitements possibles dans un contexte agricole moderne.

L’expansion du hantavirus dans le Nord-Ouest américain

Parallèlement aux menaces arctiques, des virus contemporains profitent de changements environnementaux pour gagner du terrain. Aux États-Unis, des chercheurs de l’université d’État de Washington ont détecté des niveaux anormalement élevés du virus Sin Nombre (SNV), une souche de hantavirus, chez les rongeurs du Nord-Ouest Pacifique.

Un biochimiste explique si nous devrions nous inquiéter des virus « zombies » dans la fonte du pe…

Les données collectées durant l’été 2023 sur 189 spécimens (souris cerf, campagnols et tamias) sont alarmantes :

  • 30 % des rongeurs, en milieux agricoles et forestiers, présentaient des traces d’infection passée.
  • 10 % des populations étaient activement infectées au moment du prélèvement.

Le SNV est directement lié au syndrome pulmonaire à hantavirus (HPS), une condition grave provoquant des difficultés respiratoires et des dommages massifs aux tissus pulmonaires. Contrairement à d’autres souches, le SNV ne se transmet pas d’humain à humain, mais via l’inhalation d’urine ou de déjections de rongeurs aérosolisées, selon les informations du New York Post.

“Parce que les humains contractent le plus souvent le hantavirus par l’exposition à l’urine ou aux déjections de rongeurs aérosolisées, des précautions restent essentielles lors du nettoyage de zones présentant des signes d’activité de rongeurs.”Dr.

La mécanique biologique de la survie virale

Pour comprendre comment un virus peut « dormir » pendant 48 000 ans, il faut revenir à sa structure fondamentale. Un virus n’est pas une cellule, mais un fragment d’information génétique (ADN ou ARN) enfermé dans une coque protectrice appelée capside. C’est cette armure qui permet au virus de survivre hors de son hôte jusqu’à ce qu’il rencontre une cellule compatible.

La mécanique biologique de la survie virale
cluster (priority): my.clevelandclinic.org

L’histoire de la virologie montre que notre compréhension a évolué par étapes. Dès 1892, Dmitry I. Ivanovsky avait identifié un agent capable de passer à travers des filtres bloquant les bactéries. Plus tard, en 1915 et 1917, Frederick W. Twort et Félix H. d’Hérelle ont découvert les bactériophages, littéralement des « mangeurs de bactéries », comme le précise Britannica.

Aujourd’hui, la science utilise des techniques de culture cellulaire, développées dès 1949 par John Enders, Thomas Weller et Frederick Robbins, pour étudier ces agents. Mais le défi actuel est différent : nous ne cherchons plus seulement à identifier des virus connus, mais à anticiper le retour de pathogènes préhistoriques.

Le risque global est accentué par un cercle vicieux climatique. Le dégel du pergélisol libère non seulement des virus, mais aussi du dioxyde de carbone et du méthane, ce qui intensifie l’effet de serre et accélère, en retour, la fonte des glaces. Nous ne sommes pas seulement face à un risque sanitaire, mais face à un mécanisme de rétroaction environnementale où la biologie ancienne devient un facteur d’instabilité moderne.

You may also like

Leave a Comment