Une relecture féministe de l’éternel conte de Peter Pan, jouée au Barbican de Londres jusqu’au 22 novembre, peine à convaincre malgré ses effets visuels spectaculaires et son ambition de renouveler le mythe.
La pièce, intitulée Wendy & Peter Pan, met en scène Wendy (Hannah Saxby), hantée par la perte de son frère et en quête d’un moyen de le ramener du pays de Neverland. Si l’intention de donner plus de profondeur aux personnages féminins est louable, l’exécution laisse à désirer. Wendy apparaît souvent hésitante, se cantonnant au rôle de mère poule pour les garçons perdus, rongée par le doute et la culpabilité. L’initiative soudaine de former une alliance avec Clochette (Charlotte Mills) et Tiger Lily (Ami Tredrea) – « allons botter les fesses de ces pirates ! » – semble forcée et déconnectée du reste de l’intrigue.
Mrs. Darling (Lolita Chakrabarti) bénéficie également d’une plus grande autonomie, revendiquant sa liberté conjugale et évoquant les suffragettes, mais cet arc narratif reste en marge de l’action principale. Peter Pan (Daniel Krikler), quant à lui, est confronté à une crise intérieure qui prend des allures d’éveil hormonal. Loin du garçon éternellement jeune, il se comporte davantage comme un adolescent, affichant un intérêt évident pour Wendy, lui adressant des baisers timides et l’appelant « ma belle ». Cette dimension, jugée incongrue, rend certains moments malaisants.
La production, développée et enrichie au fil des ans sous la direction de Jonathan Munby, est devenue une œuvre théâtrale imposante, marquée par des jeux de lumière éblouissants et une profusion de projections vidéo (conçues par Taiki Ueda) qui inondent la scène. Des numéros de voltige aérienne impressionnants et l’apparition majestueuse du Jolly Roger contribuent à l’ampleur visuelle du spectacle. Cependant, cet étalage de moyens ne parvient pas à captiver le public, donnant plutôt l’impression d’une consommation rapide de sucre qui ne satisfait pas.
Les acteurs se précipitent sur scène, récitant souvent leurs répliques à voix haute ou en criant, ce qui renforce l’impression que ce sont des adultes jouant à être des enfants avec trop d’énergie. La musique, composée par Shuhei Kamimura, évoque les bandes originales génériques des films d’aventure pirates et est diffusée à un volume excessif lors des scènes de combat.
La chorégraphie de Lucy Hind apporte quelques moments de calme et de fluidité, tandis que des personnages secondaires comme Smee (Scott Karim), le second de Hook, et Tiger Lily (Ami Tredrea), avec sa subtilité, apportent une touche de charme. On peut également saluer la performance physique d’Harrison Claxton dans le rôle du crocodile, qui se révèle menaçant. Mais ces éléments positifs ne suffisent pas à sauver l’ensemble.
Malgré un rythme soutenu, la pièce semble s’étirer. Ce qui aurait pu être une relecture audacieuse du conte original apparaît désormais comme une machine de spectacle dénuée d’âme, un mélange de décors clinquants de Noël et de pantomime. Captain Hook (Toby Stephens) incarne le méchant typique de la pantomime (tout en philosophant sur le vieillissement), et Clochette ressemble à une fée cockney. Lorsque l’un des personnages demande avec emphase : « Ils sont derrière moi, n’est-ce pas ? », l’illusion de la pantomime est parfaite.
