Publié le 5 janvier 2026 à 04h03. L’année 2025 a été marquée par une crise profonde de la gouvernance mondiale de la santé, exacerbée par le retrait annoncé des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et une réduction drastique de l’aide internationale, menaçant les progrès réalisés dans la lutte contre les maladies infectieuses et l’accès aux soins.
- Le retrait des États-Unis de l’OMS et la baisse de l’aide au développement ont entraîné une diminution de 30 à 40 % des financements de la santé mondiale en 2025.
- Cette crise financière a eu des conséquences graves sur les programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et la polio, ainsi que sur les campagnes de vaccination.
- Malgré ces difficultés, des négociations sont en cours à l’OMS pour conclure un accord sur la préparation et la réponse aux pandémies, mais l’avenir du multilatéralisme reste incertain.
L’architecture mondiale de la santé, déjà fragilisée par des chocs financiers et des revirements politiques, a subi un coup dur en 2025. Si la tentation est grande de pointer du doigt les décisions de Washington, la situation est bien plus complexe et reflète une transition nécessaire qui tarde à se concrétiser. Ceux qui travaillent sur le terrain et les communautés qu’ils servent ont dû improviser des solutions d’urgence tout en tentant de bâtir un avenir plus solide, dans un contexte où les règles du jeu évoluent constamment.
Le double impact du retrait proposé des États-Unis de l’OMS – annoncé en janvier 2025, bien que les États-Unis restent pour l’instant un État membre en attendant le règlement de leurs arriérés – et de la réduction rapide de l’aide au développement par de nombreux pays donateurs a eu des conséquences désastreuses. Ces coupes budgétaires ont mis en péril des vies et perturbé les systèmes de santé, révélant les vulnérabilités de la gouvernance et de la gestion de la santé mondiale. Les dégâts sont considérables et leurs effets se feront sentir pendant des années.
Selon l’OMS et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’aide extérieure à la santé a diminué de 30 à 40 % en 2025 par rapport à 2023. Les directives de l’OMS pour faire face à ces coupes budgétaires témoignent de la gravité de la situation. L’impact sur les services de santé dans les pays à faible et moyen revenu a été particulièrement sévère. Les infections au VIH ont augmenté, la réponse à la tuberculose a été perturbée et les programmes de vaccination, notamment contre la poliomyélite et la rougeole, ont subi des revers importants, aggravés par la diffusion de fausses informations. ONUSIDA a averti qu’en l’absence d’un redressement des efforts de prévention, il pourrait y avoir 3,3 millions d’infections supplémentaires au VIH entre 2025 et 2030.
De nombreux domaines de la santé mondiale ont été touchés, allant de la réponse aux urgences sanitaires à la lutte contre les maladies infectieuses et les maladies non transmissibles. Les politiques régressives en matière de droits sexuels et reproductifs, ainsi que l’inaction face au changement climatique, ont eu des conséquences néfastes sur la santé mondiale. L’année 2025 a également été marquée par une multiplication des attaques contre la science, notamment une désinformation croissante sur les vaccins, amplifiée par certains responsables politiques américains. Un temps précieux a été consacré à défendre les connaissances scientifiques établies pour contrer ces fausses informations motivées par des intérêts politiques et commerciaux.
Face à cette crise, les institutions ont réagi rapidement en mettant en œuvre des coupes budgétaires généralisées. L’OMS a restructuré ses activités et réduit ses effectifs, tandis qu’ONUSIDA a réduit ses effectifs de plus de moitié. Le budget de l’OMS pour 2026-2027 a été réduit à 4,2 milliards de dollars après des débats houleux entre ses États membres. La Fondation Gates est devenue le principal contributeur de l’OMS, ce qui a soulevé des inquiétudes quant à la manière dont les priorités mondiales en matière de santé sont définies. Ces préoccupations sont de plus en plus vives.
Parallèlement à la réduction de l’aide publique, on observe une augmentation du financement privé de l’OMS, notamment de la part de la Fondation Novo Nordisk. Les responsables de l’OMS et les donateurs s’engagent à préserver le rôle normatif de l’organisation, mais la manière dont ils comptent y parvenir reste floue.
Malgré ce contexte difficile, des progrès ont été réalisés. En mai 2025, les États membres de l’OMS ont adopté l’accord sur la pandémie après plus de trois ans de négociations, une réaction face à la mondialisation en déclin. Un annexe sur un nouveau système de partage des avantages en matière d’accès aux agents pathogènes est en cours de négociation, et les pays doivent parvenir à un consensus d’ici mai 2026. Cependant, les États-Unis et d’autres pays ont conclu des accords bilatéraux promettant une aide en échange d’un accès à l’information, suscitant la résistance des défenseurs et des politiciens locaux. Ces accords bilatéraux pourraient également avoir un impact sur le partage des informations biologiques. Le Kenya et le Rwanda ont déjà signé de tels accords.
Dans ce contexte de mutation profonde, le leadership est essentiel. Il est urgent d’engager un débat public stratégique sur l’avenir de la santé mondiale. Les experts plaident pour une décentralisation, de nouveaux modèles de financement, une plus grande concentration sur les soins de santé primaires et un nouveau paradigme fondé sur les biens publics. Le défi consiste à concilier la demande de justice et d’équité avec l’efficacité et les résultats attendus par les donateurs. La santé mondiale a besoin de dirigeants forts capables de prendre des décisions courageuses et de défendre les intérêts des communautés les plus vulnérables. Les recommandations des experts convergent vers ces objectifs. Des engagements financiers ont été pris, mais leur mise en œuvre reste à assurer.