Washington – L’administration Trump semble prête à jouer une carte risquée dans les négociations budgétaires : provoquer une fermeture partielle des services fédéraux afin de remodeler en profondeur l’appareil d’État, en ciblant les agences jugées peu favorables à sa politique. Cette stratégie, perçue comme un bras de fer avec les démocrates, pourrait avoir des conséquences considérables sur le fonctionnement des services publics.
La semaine dernière, Russell Vought, directeur du budget de la Maison Blanche, a demandé aux différentes agences de préparer des plans de licenciements massifs en cas de blocage budgétaire. Toutefois, ces réductions d’effectifs ne concerneraient que les services considérés comme peu prioritaires par le président Trump, tandis que des domaines clés tels que la sécurité intérieure et la défense seraient épargnés. Cette approche a conduit certains observateurs à anticiper un gouvernement fédéral recentré sur la défense, l’immigration et l’application des lois, au détriment d’autres secteurs.
Le chef de la minorité sénatoriale, Chuck Schumer, avait initialement anticipé cette possibilité il y a six mois, craignant qu’une fermeture ne donne à l’administration Trump le pouvoir de démanteler la bureaucratie fédérale. Il avait d’ailleurs choisi de soutenir un accord budgétaire temporaire en mars dernier pour éviter ce scénario, estimant qu’une fermeture donnerait à Donald Trump, « les clés de la ville, de l’État et du pays », selon ses propres termes.
À l’heure actuelle, les républicains ont proposé une résolution continue qui permettrait de financer le gouvernement aux niveaux actuels jusqu’au 21 novembre. Les démocrates, cependant, refusent de soutenir cette proposition, exigeant l’abandon des coupes budgétaires prévues dans le programme Medicaid et le maintien des subventions à la loi sur les soins abordables (Affordable Care Act).
Si l’administration Trump semble déterminée à mettre en œuvre son plan de restructuration, des experts soulignent qu’elle ne dispose pas, en réalité, d’une autorité légale plus grande pour licencier des fonctionnaires lors d’une fermeture que dans des circonstances normales. Une fermeture budgétaire entraîne généralement une suspension temporaire des activités non essentielles et des employés concernés, mais ne permet pas de procéder à des licenciements définitifs sans respecter les procédures habituelles. De nombreux fonctionnaires bénéficient de protections statutaires, et de nombreuses fonctions gouvernementales sont définies par la loi.
Par ailleurs, l’administration Trump a déjà fait preuve d’un mépris certain pour les contraintes constitutionnelles, notamment en tentant d’abolir l’USAID (Agence américaine pour le développement international) en violation de l’autorité du Congrès. Bien que cette décision ait été contestée devant les tribunaux et finalement annulée par la Cour suprême, elle illustre la volonté de l’administration de contourner les obstacles légaux.
Néanmoins, certains analystes estiment que l’administration Trump pourrait hésiter à mettre en œuvre pleinement son plan, craignant des conséquences politiques négatives. Des responsables de l’administration pourraient s’opposer à une réduction drastique des effectifs et des ressources de leurs agences respectives. De plus, un gouvernement recentré sur la défense, l’immigration et l’application des lois pourrait susciter l’indignation de nombreux électeurs, confrontés à des perturbations dans les services publics essentiels, tels que l’IRS (Internal Revenue Service), la sécurité sociale, la FDA (Food and Drug Administration) ou la FEMA (Federal Emergency Management Agency).
Il est également possible que l’administration Trump utilise la menace d’une fermeture comme levier de négociation pour obtenir des concessions des démocrates. L’équipe de Trump pourrait estimer que ses objectifs les plus radicaux sont plus facilement réalisables en période de crise. Dans ce contexte, refuser de réembaucher des fonctionnaires déjà suspendus pourrait sembler plus simple que de procéder à des licenciements.