Contrairement à une idée reçue, un outil d’auto-évaluation des symptômes en ligne n’est pas forcément plus fiable s’il pose une multitude de questions. Une étude récente démontre qu’un processus rapide et ciblé peut s’avérer plus efficace pour orienter les patients vers les soins appropriés.
De nombreux systèmes de vérification des symptômes fonctionnent sur la base d’arbres de décision, sollicitant souvent entre 30 et 50 réponses de l’utilisateur. L’intuition pourrait suggérer qu’un questionnaire plus exhaustif aboutit à un diagnostic plus précis. Or, cette approche peut s’avérer contre-productive, notamment en raison de l’état émotionnel du patient.
Lorsqu’une personne consulte un outil d’auto-évaluation, elle est généralement préoccupée par son état de santé. Lui imposer un long interrogatoire, demandant de choisir son symptôme principal, d’évaluer l’intensité de sa douleur, de préciser sa localisation et sa durée, peut être particulièrement pénible. Dans certains cas, l’outil exige même que le patient suggère lui-même une condition médicale possible pour obtenir des conseils, ce qui peut être déroutant, surtout pour les parents cherchant des informations sur la santé de leurs enfants.
Cette situation rappelle l’expérience frustrante de naviguer dans un système téléphonique complexe, où l’on est constamment renvoyé vers différents menus sans jamais atteindre un interlocuteur humain. Le sentiment d’impatience et d’irritation est d’autant plus fort lorsque l’on est déjà mal portant.
Les outils basés sur des arbres de décision partent du principe qu’ils peuvent reproduire le raisonnement d’un médecin en évaluant d’abord le symptôme le plus important, puis en explorant les autres. Cependant, les médecins expérimentés ne suivent pas un protocole rigide. Ils s’appuient sur des raccourcis mentaux, leur intuition et leur connaissance approfondie des pathologies.
Ils sont également capables de comprendre les multiples façons dont un patient peut décrire ses symptômes, contrairement aux systèmes informatiques qui ne peuvent prendre en compte qu’un nombre limité de termes préprogrammés. De plus, les arbres de décision ne couvrent généralement qu’une fraction des 10 000 maladies existantes, alors que les patients peuvent présenter une variété infinie de symptômes.
L’outil Isabel, spécialisé dans l’aide au diagnostic, a été conçu pour compléter l’expertise médicale, en proposant une liste restreinte de diagnostics possibles à partir des symptômes décrits par le patient. Il s’agit d’un outil d’assistance, et non d’un substitut au jugement clinique.
Une étude récente menée par l’Université McMaster au Canada a comparé les performances des médecins utilisant Isabel Professional à celles utilisant des systèmes de génération de diagnostics plus anciens, basés sur des arbres de décision. Les résultats ont montré qu’Isabel permettait d’obtenir des améliorations similaires en matière de diagnostic, mais avec un gain de temps considérable.
« Le système (Isabel) est conçu pour saisir un petit nombre de symptômes en texte libre, sans nécessiter de qualifications, d’antécédents médicaux détaillés ou d’examens complémentaires. Générer des diagnostics différentiels de cette manière réduit considérablement le temps nécessaire, ce qui le rend utilisable au chevet du patient », explique l’étude.
Les chercheurs ont constaté que le temps moyen passé avec Isabel variait de 1,5 à 3 minutes, contre 22 à 240 minutes pour les systèmes précédents. Cette efficacité permet d’intégrer l’aide à la décision clinique dans le processus de soins en temps réel.
Le même principe s’applique aux outils d’auto-évaluation destinés aux patients. Les systèmes basés sur des arbres de décision, avec leurs questionnaires interminables, sont souvent abandonnés en cours de route. À l’inverse, les utilisateurs du vérificateur de symptômes Isabel le trouvent rapide et facile à utiliser, ne nécessitant que 4 questions initiales pour obtenir une liste de conditions possibles, puis 7 questions supplémentaires pour des conseils sur les soins à suivre. Les établissements de santé utilisant Isabel avec un chatbot constatent que les patients peuvent être triés en seulement 45 secondes et orientés vers le rendez-vous approprié.
La confiance du patient et la réputation du système de santé dépendent du choix d’un outil fiable et efficace. Une évaluation rigoureuse de la précision clinique est donc essentielle.