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Préserver « l’âme » du dialecte Nghe sur la scène du théâtre

Publié le 28 septembre 2025. Le théâtre traditionnel de la région de Nghe Tinh, riche de plus de soixante ans de répertoire, voit son identité linguistique menacée : la disparition progressive de l'accent local, autrefois pilier de ses…

Préserver « l’âme » du dialecte Nghe sur la scène du théâtre

Publié le 28 septembre 2025. Le théâtre traditionnel de la région de Nghe Tinh, riche de plus de soixante ans de répertoire, voit son identité linguistique menacée : la disparition progressive de l’accent local, autrefois pilier de ses chants folkloriques Vi et Giam, suscite l’inquiétude des artistes et des chercheurs.

  • Le théâtre de Nghe Tinh, avec près de 200 pièces à son actif, a toujours mis en valeur l’accent et le vocabulaire spécifiques de la région.
  • Cette particularité linguistique, garante de l’authenticité des chants Vi et Giam, tend à s’estomper pour faciliter la compréhension du public extérieur.
  • Des experts s’accordent sur la nécessité de trouver un équilibre entre la préservation de l’identité culturelle et l’accessibilité du théâtre à un public plus large.

Depuis plus de soixante ans, le Théâtre dramatique Nghe Tinh a enrichi la scène artistique vietnamienne de près de 200 pièces, transcendant les décors traditionnels pour offrir une expérience théâtrale authentique aux amateurs de culture. Des œuvres telles que Mai Thuc Loan, Co Song Lam et Phan Booi Chau, par exemple, ne se contentent pas de porter les mélodies puissantes du folklore local, elles incarnent également l’accent unique de Nghe, une caractéristique qui a façonné l’identité de cette région. Pourtant, cet élément distinctif semble s’effacer peu à peu des planches.

Les dialogues, autrefois imprégnés d’expressions typiques comme « mo, te, rang, rua, cho, nac », évoluent vers un langage plus courant, plus fluide, plus accessible. Si quelques extraits conservent encore la saveur locale lors de représentations régionales, la plupart des pièces présentées lors de festivals nationaux – L’autorité et je devrais y aller, mais dit un gratuit, par exemple – ne témoignent plus guère de cet accent particulier. La raison est simple : rendre le spectacle compréhensible pour un public venant d’autres régions nécessite d’abandonner les spécificités dialectales. Mais ce compromis a un prix : la perte d’identité, l’âme même des chants Vi et Giam.

L’accent de Nghe An n’est pas qu’un simple moyen de communication. Il est la matière première qui a donné naissance à ces chants folkloriques, leur conférant un rythme, un tempo et des nuances propres. Dans le hat giam, les structures répétitives, comme l’expression « Aucun état d’eau / aucun état d’eau », ou les jeux de mots subtils du hat phuong vai – « Parce qu’il est long, donnez-lui un chua… » – reposent sur un vocabulaire local riche et précis. Ces couches de mots populaires ne sont pas des créations individuelles, mais des cristallisations de la vie, reflétant l’âme et le caractère du peuple de Nghe : rustique, direct, franc et profondément émouvant.

Par conséquent, en gommant le dialecte de l’opéra, on ne prive pas seulement le spectacle de son timbre distinctif, mais on efface également l’esprit de Nghe qui imprègne chaque vers et chaque dialogue. De nombreux chercheurs se souviennent de l’histoire de Hô Chi Minh, qui, lors d’une visite dans sa ville natale, corrigea l’interprétation de la chanson « Thuyen em lên Thác chop chop ranh / Nước non là nghĩa là tình ai ơi » (Mon bateau monte et descend les rapides / La campagne et les montagnes sont le sens de l’amour), insistant sur l’importance de prononcer « nác » et non « nước », « ngải » et non « ghia » – car c’est l’accent correct, l’esprit authentique de Nghe. Un seul son suffit à identifier une région culturelle, sans parler d’un système complet de paroles et de mélodies.

L’artiste émérite Hong Duong, chef du département de recherche et de collection du Centre provincial des arts traditionnels, explique :

« Pour qu’une pièce de chants populaires Nghe Tinh conserve toute sa vitalité, il est nécessaire de préserver son identité et de témoigner de la préservation de l’héritage ancestral de nos ancêtres. Mais il faut aussi trouver un moyen de diluer le dialecte afin que les auditeurs du Sud et du Nord puissent ressentir rapidement et clairement la beauté des chants populaires Nghe Tinh sur scène. »

Selon l’artiste émérite Hong Duong, l’écoute du dialecte de Nghe peut représenter un défi pour le public du Nord comme du Sud : il faut du temps pour s’y habituer, pour l’assimiler, mais il est difficile de le comprendre pleinement du premier coup. C’est pourquoi certains metteurs en scène ont choisi de « diluer » le dialecte, réduisant ainsi la qualité du nghe pour accroître sa popularité. Cependant, cette solution, si elle est poussée à l’extrême, risque de faire perdre à l’opéra nghe tinh son caractère unique et de le rapprocher d’autres formes de théâtre.

En réalité, l’utilisation des dialectes ne doit pas être envisagée comme un choix binaire. Il faut faire preuve de modération, de sélection et de discernement, en les intégrant au bon endroit et au bon moment. Les pièces de théâtre peuvent parfaitement harmoniser dialogues populaires et chansons dialectales, entre l’accent prononcé de Nghe et le ton plus doux du langage courant, à condition de préserver l’âme du spectacle. L’accent de Nghe peut être affiné, à l’image de l’accent vinh actuel, qui reste distinctif sans être trop marqué. Certains mots trop spécifiques peuvent être remplacés par des équivalents plus courants, mais il est essentiel de conserver des « signaux identitaires » tels que « mo, te, rang, rua… » afin que le public puisse reconnaître la qualité nghe.

Il est également nécessaire d’exploiter pleinement la richesse du langage populaire – idiomes, proverbes, chansons folkloriques, devinettes, vers… – qui nourrit les chants populaires de Nghe Tinh depuis des générations. Comme l’a souligné l’artiste émérite Thanh Luu, ancien directeur du Centre de conservation du patrimoine des chansons folkloriques de Nghe An, aujourd’hui Centre provincial des arts traditionnels :

« Insérer des insinuations, du sarcasme et de l’humour… dans les dialogues rendra la pièce vivante et touchante, évitant ainsi la sécheresse des textes. »

Parallèlement, il est important de relier les dialectes aux éléments culturels locaux tels que les noms de lieux, les métiers traditionnels et les spécialités culinaires afin de recréer l’atmosphère de la vie de Nghe An sur scène. C’est le moyen de préserver l’identité et de créer un nouvel attrait.

Dans un contexte de développement technologique et d’échanges culturels intenses, le théâtre musical folklorique doit innover dans sa forme tout en conservant son essence. Il est possible de moderniser le son, la lumière et les techniques de mise en scène, et d’intégrer des thèmes contemporains tels que l’éducation, l’environnement ou l’urbanisation. Mais quelle que soit son évolution, le dialecte de Nghe doit rester présent comme un fil conducteur, afin que les spectateurs, où qu’ils soient, puissent s’exclamer : « Ah, c’est du théâtre nghe tinh ! »

Après tout, la scène n’est pas seulement un lieu de divertissement, mais aussi un espace de préservation de la mémoire culturelle d’une communauté. Chaque intonation dialectale qui résonne sur scène n’est pas seulement un dialogue ou une chanson, mais l’écho de générations de Nghe An, travailleurs et résilients. Sans cette voix, l’opéra populaire perdrait son âme et deviendrait une coquille vide. Préserver le dialecte dans le théâtre folklorique, c’est donc préserver non seulement une couche de la langue, mais aussi l’âme du Nghe – afin que chaque chanson et chaque dialogue restent imprégnés de l’esprit de la patrie, empreints d’amour humain, et restent à jamais gravés dans le cœur du public, aujourd’hui comme demain.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.