Publié le 28 septembre 2025 à 15h18. L’île Kangourou, au large de l’Australie-Méridionale, abrite une population de koalas apparemment florissante, mais une étude récente révèle une fragilité génétique insoupçonnée qui pourrait compromettre l’avenir de l’espèce sur l’île.
- Une étude de l’Université Flinders révèle un manque de diversité génétique chez les koalas de l’île Kangourou, dû à leur origine limitée.
- La population, issue d’une poignée d’individus transplantés dans les années 1920, présente un taux élevé de consanguinité.
- Les chercheurs préconisent une stratégie de « sauvetage génétique » par l’introduction de koalas continentaux pour renforcer la résilience de la population insulaire.
L’île Kangourou est souvent perçue comme un havre de paix pour les koalas, en contraste avec les difficultés rencontrées par leurs congénères sur le continent australien. Alors que les populations continentales sont en déclin, menacées par la perte d’habitat, les maladies et les incendies de brousse, les koalas de l’île ont prospéré, notamment après avoir résisté aux violents incendies de brousse de 2019-2020 qui ont ravagé plus de la moitié de l’île.
Pourtant, cette apparente réussite cache une vulnérabilité génétique préoccupante. Des scientifiques de l’ Université Flinders ont analysé la composition génétique de la population de koalas de l’île et ont découvert un manque de diversité alarmant. Contrairement aux koalas du continent, qui bénéficient d’un brassage génétique plus important, les individus de l’île présentent un taux de consanguinité significativement plus élevé, comparable à celui observé dans les populations de Victoria et du Queensland.
Cette situation particulière remonte aux années 1920, lorsque des défenseurs de l’environnement ont transféré moins de deux douzaines de koalas de Victoria sur l’île Kangourou. L’objectif était de sauver l’espèce, alors décimée par la chasse et la destruction de son habitat. Si cette initiative a permis d’établir une population viable, elle a également entraîné une réduction drastique de la diversité génétique, un héritage qui se transmet de génération en génération.
Les conséquences de ce manque de diversité pourraient être graves. Selon le Dr Katie Gates, auteur principal de l’étude,
« Les koalas de l’île Kangourou représentent une réussite en termes de taille de population. Mais leur santé génétique raconte une histoire différente. Leur diversité limitée et leur consanguinité élevée signifient qu’ils pourraient avoir du mal à s’adapter à de futures menaces comme la maladie ou le changement climatique. »
Les chercheurs ont identifié de longues séquences d’ADN identiques héritées des deux parents, un phénomène appelé homozygotie, caractéristique de la consanguinité. Cette situation favorise l’expression de gènes délétères, augmentant le risque de problèmes de santé, de troubles de la fertilité et d’anomalies du développement. Certains koalas capturés présentent déjà de tels symptômes.
Bien que la population insulaire ait pour l’instant résisté à des maladies telles que la chlamydia et au rétrovirus Koala, sa capacité à faire face à de nouvelles épidémies ou à des changements environnementaux importants est incertaine. Les écologistes craignent que l’absence de diversité génétique ne rende la population particulièrement vulnérable.
Pour pallier ce problème, les chercheurs proposent une stratégie de « sauvetage génétique », qui consiste à introduire des koalas provenant de différentes populations continentales afin d’enrichir le patrimoine génétique de la population insulaire. Le professeur Luciano Bereregay, co-auteur de l’étude, souligne :
« L’île Kangourou a le potentiel de rester un refuge de conservation important pour les koalas. Mais sans gestion génétique, cette « arche » pourrait devenir un piège. Notre travail met en évidence l’importance de la surveillance génomique continue des espèces gérées isolément. »
Cette étude souligne l’importance de prendre en compte la diversité génétique dans les stratégies de conservation, en particulier sur les îles et dans les réserves isolées. Un véritable sanctuaire ne se limite pas à la protection contre les menaces externes, il nécessite également une base génétique solide, entretenue par une planification minutieuse, une surveillance continue et, si nécessaire, l’introduction contrôlée de nouveaux individus. La recherche, publiée dans la revue Écologie moléculaire, rappelle que même les succès apparents en matière de conservation doivent être examinés de près pour garantir la survie à long terme des espèces.
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