Publié le 28 septembre 2025 à 15h56. Le Staatstheater Mainz propose une nouvelle interprétation de l’opéra de Brecht et Weill, « L’Opéra de quat’sous », une œuvre satirique qui résonne encore aujourd’hui avec ses critiques de la société et de la criminalité.
- La mise en scène de Jan Neumann se concentre sur l’ironie et la critique sociale de l’œuvre, tout en revitalisant la musique de Kurt Weill.
- Maren Schwier et Verena Tönjes brillent dans les rôles de Polly Peachum et Spelunkenjenny, apportant une dimension vocale distinctive à la production.
- La scénographie, inspirée des stations de métro, crée un environnement visuellement frappant qui souligne les thèmes de l’escroquerie et de la manipulation.
L’opéra de Brecht et Weill, « L’Opéra de quat’sous », continue de fasciner et de provoquer la réflexion, bien après la disparition de la République de Weimar qui l’a vu naître. L’œuvre, initialement une critique du populisme et de la misère sociale, a trouvé une nouvelle résonance sur la scène du Staatstheater Mainz, grâce à une mise en scène inventive et des interprétations vocales remarquables.
Le metteur en scène Jan Neumann a choisi de ne pas adoucir les critiques acerbes de l’œuvre, mais au contraire de les mettre en lumière. La production ne se contente pas de revisiter l’histoire de Mackie Messer, le célèbre bandit, et de ses complices, mais elle explore également les mécanismes de la corruption et de la manipulation qui sous-tendent la société. La musique de Kurt Weill, à la fois mélodique et dissonante, contribue à créer une atmosphère à la fois festive et inquiétante.
La scénographie, conçue par Cary Gayler, est particulièrement réussie. Elle s’inspire des stations de métro, avec des murs tubulaires ornés d’affiches publicitaires changeantes, évoquant à la fois la modernité et l’aliénation. On y croise des publicités pour des montres de luxe, la Bundeswehr (l’armée allemande) ou des croisières, mais aussi des messages plus engagés comme « Bread for the World » (Pain pour le monde) ou des slogans d’Ikea : « Vous vivez déjà ou vous vivez encore ? ». Ikea
Les interprètes ont su donner vie aux personnages complexes de Brecht. Maren Schwier, dans le rôle de Polly Peachum, et Verena Tönjes, dans celui de Spelunkenjenny, se distinguent par leur présence vocale et leur expressivité. À l’exception de l’articulation de Denis Larisch, un ton sans inspiration était dominant, qui ne s’est réveillé que vers la fin. Des animations courtes et bien exécutées auraient pu enrichir l’ensemble, mais l’intention épique de Brecht, souvent difficile à saisir dans les paroles des chansons, n’a pas toujours été pleinement exploitée.
L’orchestre, dirigé par Samuel Hogarth, a rendu justice à la musique granuleuse et expressive de Weill. La production du Staatstheater Mainz offre une nouvelle perspective sur « L’Opéra de quat’sous », une œuvre intemporelle qui continue de nous interroger sur la nature humaine et les injustices de la société.
Staatstheater Mainz : 2, 12 octobre et 9 novembre. www.statttheater-mainz.com